Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 26/05/09 10:08 / 32 articles publiés
 

Vendredi 13 de Marcus Nispel  posté le mercredi 11 février 2009 16:28

Bienvenue à Crystal Lake, le lieu de détente idéal pour toute la famille. Venez profiter de sa forêt luxuriante, de son spacieux camp de vacances, de son lac étincelant et de son charmant autochtone amateur de tranchage de gorges, vous ne le regretterez pas!

 

 

 

 

 

 

 

 

Symptomatique d'un système hollywoodien qui peine à se renouveller, la mode du remake continue de plus belle. Après Massacre à la tronçonneuse, Halloween, et prochainement Hellraiser et Les griffes de la nuit, c'est au tour d'un autre boogeyman culte des années 80, le peu loquace Jason Voorhees, de passer à la moulinette.

Une initiative somme toute judicieuse, car à l'instar de La colline a des yeux (1977), le Vendredi 13 (1980) de Sean S. Cunningham fait parti de ses films considérés comme cultes mais qui ont terriblement mal vieillis, sans parler de ses multiples suites (plus longue saga horrifique existante avec douze épisodes au compteur, remake inclus) à la qualité plus que discutable, mais qui ont fait les beaux jours des amateurs de slasher et fait de Jason une icône du genre.

Surpasser les originaux ne devrait donc pas être une lourde tache, et c'est un habitué qui s'y colle en la personne de Marcus Nispel, déjà réalisateur du remake asseptisé de Massacre à la tronçonneuse (2003), qui après s'être mangé un bide commercial et critique avec son décevant mais pas honteux Pathfinder (2007), revient sous la houlette de Michael Bay, qui en tant que producteur semble penser que le treize porte bonheur...

 


Venus faire la fête dans la maison de vacances d'un des leurs, un groupe d'adolescents croise la route d'un mystérieux jeune homme à la recherche de sa soeur disparue du côté de Crystal Lake six semaines auparavant. Son enquête ne fera que confirmer que le meurtrier Jason Voorhees n'est pas une légende urbaine, et qu'ils sont déjà sur son tableau de chasse.


"Tshi tshi tshi haa haa haa", ainsi débute le film. Des sons qui ne voudront pas dire grand chose pour certains, mais qui auront pour effet d'éteindre le cerveau des fans qui, eux, savent ce qu'ils vont voir. Vendredi 13 n'a jamais été synonyme de subtilité, et Nispel l'a bien compris.

Après un générique nous montrant la fin du film original retournée pour l'occasion, où l'héroïne se venge de la mère Voorhees qui a tué tous ses camarades (désolé pour le spoiler eventé depuis trente ans), nous retrouvons, de nos jours, une bande d'adolescents qui se balade en forêt. Pas de doute à avoir, ils sont cons comme la lune, antipathiques au possible, ils ne pensent qu'à baiser et fumer des joints, donc ils vont mourir. Et ça ne manque pas, l'ami Jason débarque dans le campement pour se la jouer défendeur de la morale puritaine.Une introduction efficace qui fait disparaître nos craintes de voir les codes du slasher old school (en opposition avec le néo-slasher de type Souviens-toi l'été dernier) formatés par les règles de la nouvelle industrie cinématographique.

Malheureusement, le réalisateur connaît trop bien les codes du genre, et l'on n'échappe pas à la partie molle de l'histoire, à base de jeunes qui font la bringue et d'un type qu'il est tout triste d'avoir perdu sa soeurette et que les gens ils sont trop vilains avec lui parce qu'ils veulent pas l'aider à la chercher... Mélodrame quand tu nous tiens.

Fort heureusement, la crétinerie des protagonistes offre un spectacle assez rythmé et réjouissant pour conserver notre attention. S'ensuit un jeu de massacre, ponctué de références à la saga (on peut voir Jason hésiter entre le sac à patate dont il était affublé dans Le Tueur du Vendredi (1981) et le mythique masque de hockey qu'il arbore depuis le troisième opus) avec ce qu'il faut de morts violentes, dont certaines font preuve d'originalité, et de nudité féminine, et ce, jusqu'au générique de fin.


 

 

Mais voilà, le constat reste très mitigé. Nous avons affaire à un pur Vendredi 13. A trop vouloir respecter les codes, Nispel nous livre un film totalement impersonnel, qui semble suivre un cahier des charges bien défini et la question sur l'intérêt d'un tel remake se pose donc alors. Même en ce qui concerne la mise en scène, nous avons connu le réalisateur en bien meilleure forme. Bien que ce dernier n'ait jamais été un génie de la caméra, il restait un bon faiseur, et le voir procéder en mode automatique a de quoi inquiéter.

Était-ce un film de commande fait à contre-coeur pour se racheter une conduite auprès des producteurs après le four de Pathfinder ou l'as-t-on empêché de proposer autre chose? C'est un bien beau gachis que celui-là compte tenu des innombrables possibilités pour remettre la saga au goût du jour. Les remakes sont soit-disant produits pour plaire au jeune public pour qui tout ce qui a été fait il y a plus de cinq ans n'existe pas, alors pourquoi diable leur resservir un produit qui transpire le kitsh des années 80?

Pire encore, les premiers Vendredi 13 étaient des films dits d'exploitation, aux budgets ridicules, qui ont su garder la sympathie des amateurs car ils proposaient leurs doses de spectacle sanguinolent, alors qu'ici on a de quoi douter de l'honnêteté d'un nanar, bien que volontaire, fait avec un budget aussi confortable.

Quoiqu'il en soit, ce pur produit de consommation a permis à la New Line d'effacer les délires de Jason X (2001) qui semblaient bien les gêner pour reprendre la franchise. Personnellement, entre le film de James Isaac qui était à la fois respectueux, drôle et innovant (un Jason cyborg dans l'espace, quoi!) et le film sans réel saveur de Marcus Nispel, j'ai choisi mon camp.

Notons au passage que quitte à refaire la même chose, autant reprendre ce pauvre Kane Hodder qui continue à pleurer la perte de son rôle fétiche plutôt que Derek Mears qui fait un Jason guère impressionnant.


 

Ce Vendredi 13 cuvée 2009 a toutes les chances de se mettre tout le monde à dos. Alors que les fans de la saga n'y verront qu'un énième épisode égal aux précédents, les néophytes seront dégoutés par la ringardise de la chose et les autres seront déçus par le manque de cœur et d'innovation. En espérant que Marcus Nispel rebondisse sur un projet plus personnel et que la New Line ne nous fasse pas la même chose pour Freddy.

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