Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 26/05/09 10:08 / 32 articles publiés
 

Un Burton barbant?  posté le jeudi 17 janvier 2008 13:36

Pauvre Tim Burton. Bien que ses films marchent toujours autant au box-office, il s'est vu perdre une bonne partie de ses anciens fans depuis presque dix ans, ces derniers jugeant qu'il reniait ses thèmes au profit d'un cynisme hollywoodien.

Pourtant, il a seulement évolué et tenter de faire autre chose que l'univers gothique qu'on lui a étiquetté, à défaut, depuis le premier Batman, et définitivement encré grâce à (à cause de) The Nightmare Before Christmas (qu'il produit et scénarise seulement. C'est le mesestimé Henry Sellick qui l'a réalisé, je rappelle)

Cette image d'épinal, il nous la ressort à chaque faux bond niveau box office ou critique.

Après le simili four Mars Attacks!, Sleepy Hollow vient remettre la confiance dans le coeur de tout ceux qui savent comment un Burton doit être.

Big Fish et Charlie et la Chocolaterie sont gnan-gnan? Vite, un Corpse Bride pour y remédier. Sauf que le resucé du chef d'oeuvre de Sellick ne convainc pas. 

Nous revoilà donc encore une fois avec une tentative de plaire à tout le monde.

Sans remettre en considération les qualités des films pré-cités, il est fort dommage de voir Burton s'enfermer dans ce carcan.

Prenez la totalité de sa filmographie, et vous verrez bien que la majorité de ses films sont des comédies/drames fantastiques (je considère Ed Wood comme un film fantastique, pour diverses raisons) dénués de cet aspect "gothique", avec toutefois un univers délirant et des touches de macabre.

Et quand bien même, ne peut donc t'il pas se permettre autre chose sans que l'on crie à la trahison et au reniement?

 

Si je parle de ça, c'est pour présenter son nouveau film Sweeney Todd, adapté de la comédie musicale de Broadway du même nom. 

Afin de rassurer ceux qui ont pris peur à cause du titre de l'article, je le dis tout de suite, le film est une réussite.

Burton signe clairement son film le plus glauque et nihiliste.

Le Londres dans lequel les personnages évoluent est un enfer monochrome peuplé par des êtres tenant plus du rapace que de l'être humain.

Une sorte de vision déformé de la capitale anglaise par la haine que lui vaut son nouvel habitant, Sweeney Todd.

La photo du film aide grandement à l'atmosphère crasse, jouant sur les ombres et baignant les décors dans une échelle de gris, noir/marron.

Les acteurs sont au diapason, Depp et Bonham Carter en tête. Ces derniers forment un couple surprenant, et c'est même la première fois que je trouve la femme de Burton convainquante dans un de ses films.

Dommage que les toujours excellents Alan Rickman et Sacha Baron Cohen n'aient pas plus de temps à l'écran, mais bon scénario oblige...

Chacun se met pour l'occasion à la chansonnette avec plus ou moins de réussite. 

 Ayant écouté en boucle pendant des mois la comédie musicale originale, j'avais quelques craintes concernant l'adaptation.

Malgré une petite déception dùe à l'interprétation de certaines des chansons, les voir s'inscrire dans une narration visuelle, est un vrai bonheur.

Cependant, le trop plein de chansons frise l'indigestion. On est pas loin des "Parapluies de Cherbourg" par moments.

Cela est sans doute dù à au raccourcissement du temps de la pièce.

Pour pouvoir placer le maximum de chansons majeures, qui servent la narration je le rappelle, il n'y a plus de place pour une pause non-musicale.

J'ai beau adorer la comédie musicale, j'en viens à me dire que le mieux aurait été de virer quelques titres de plus.

 

Burton laisse de côté son humour habituel, profitant du peu d'humour noir que lui propose la pièce, et décide d'aller dans une direction plus proche de Sleepy Hollow, au niveau de la violence graphique.

Les meurtres au rasoir sont montrés face caméra, le sang gicle à outrance, les cadavres s'empilent à la chaîne, le tout sur des chansons décalées.

S'il y a deshumanisation de Sweeney Todd, ses morts ne sont pas pour autant gratuite, mais servent un dessein qui matérialise le thème du film, à savoir que l'homme est un loup pour l'homme, que les plus forts mangent les plus petits. 

Tous les personnages sont obsédés par la convoitise, qu'elle soit d'ordre sexuelle, amoureuse, matérielle, et surtout vengeresse.

L'influence théatrale se sent à ce niveau-là.

On est pas loin du drame Shakespearien avec ces personnages liés les uns aux autres, s'entretuant allégrement pour arriver à leurs fins ou venger la mort des autres, laissant la pièce jonchée de cadavres, sans aucun survivant.

La fin de Sweeney Todd confirme avec maestro la parenté.

 

En conclusion, Sweeney Todd est un excellent film, non dénué de menus défauts.

Mais quand je lis un peu partout que Burton est enfin de retour, je ris jaune.

Personnellement, il n'était jamais parti, et je trouve ça triste que ce dernier film soit plus acclamé que ses derniers films plus personnels, sous prétexte qu'il y ait du sang et de la noirceur, et qu'on considère cela comme un retour aux sources.

C'est certain qu'on revient aux sources...Pee Wee's Big Adventure et Beetlejuice étaient les films les plus dark qui soit... 

Enfin bref, du bon Burton comme à l'acoutumée, mais j'espère ne plus revoir le spectre de Mr Jack la prochaine fois. 

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La vengeance est un plat qui se mange femme.  posté le mercredi 02 janvier 2008 09:02

Au début des années 70, le cinéma d'exploitation connaît un succès fulgurant aux quatre coins du globe. Si la blaxploitation et le scandale auréolé de succès du porno "DeepThroat" reviennent souvent comme porte-étendard du mouvement, il ne faudrait pas en oublier l'implication du cinéma japonais dans l'immense productivité de ce genre de la contre-culture.

La saga des  Joshuu Sasori est un représentant parmi tant d'autres des franchises ayant connu un grand succès chez nos amis nippons, et peu connu dans nos contrées.

Néanmoins, les amateurs français ont eu la chance de découvrir la saga à travers le second épisode Elle s'appelait Scorpion, que le grand monsieur qu'est Jean-Pierre Dionnet proposa dans son cinéma de quartier.

A l'heure actuelle, il est possible de se procurer la saga complète dans un superbe coffret dvd chez Pathé vidéo.

 

Inspiré d'un manga de Tôru Shinohara, Joshuu Sasori narre les mésaventures de la pénitencière numéro 701, Nami Matsushima. Se retrouvant en prison, après s'être fait trahie par le seul homme qu'elle ait aimé, elle subira les pires tortures et humiliations sans broncher, fermantant une vengeance implacable contre ses bourreaux, tout en perdant de plus en plus son humanité au profit d'une bestialité, qui lui vaudra le surnom de Sasori (Scorpion).

 

 

"La femme Scorpion" ("Joshuu 701-gô: Sasori")-1972

 

 

Tout commence par une cérémonie visant à récompenser le directeur d'une prison pour femmes, très vite interrompue par des alarmes: deux détenus se sont échappés.

Le couple de femmes tente de fuir à travers les marais, les gardiens et leurs chiens  à leur poursuite. 

L'une d'elle est épuisée, très faible, et semble être un boulet vivant pour l'autre, qui est prête à tout pour s'en sortir, quitte à tuer un chien à main nu et tenter un combat perdu d'avance avec les matons armés.

Les bases de Sasori sont placées, c'est une femme forte, récidiviste, qui met à mal l'autorité.

On la découvre ensuite dans une cellule spéciale, insalubre, subissant les sévices des gardiens, sans qu'elle ne montre un infime signe de souffrance.

La seule expression qu'elle se permet, étant un rictus satisfait, ce qui a pour effet d'énerver encore plus ses tortionnaires.

S'ensuit un flash-back où elle nous raconte le pourquoi de sa condamnation. 

Nami était une jeune femme comme tant d'autres, pensant naîvement avoir trouvé l'amour en la personne d'un jeune policier.

Sa confiance envers lui, l'amena à accepter une mission d'infiltration chez les yakuzas.

Ces derniers, en découvrant son double jeu, se mirent à la violer, avant que son amant n'arrive pour les arrêter.

Elle découvrit alors que tout avait été prémédité, que son amour était un flic corrompu qui s'était servi d'elle depuis le début, et qu'elle avait perdu par deux fois son innoncence par sa faute.

Le ver est dans le fruit, Nami tente d'assassiner le traître mais échoue, et se retrouve donc en prison, où elle ne vit que pour une seule raison: la vengeance.

 

Ce premier épisode peut être considéré comme appartenant au genre du WIP (Women in Prison).

Néanmoins, le réalisateur Shunya Ito y apporte nombre d'éléments afin de ne pas le faire sombrer dans les codes du genre.

Ainsi, même si l'on retrouve les passages obligatoires comme les scènes de douche, les travaux forcés, les matons psychopates, ou encore l'érotisme, Ito installe une touche d'onirisme, alliant les éclairages appuyés au style théatrale.

Les passages importants du film prennent ainsi une dimension très particulière, rappellant le matériau originel, à savoir le manga.

La séquence la plus marquante à ce niveau-là, est celle où Nami se fait pourchasser dans les douches par une rivale voulant la tuer, cette dernière étant maquillée et éclairée de manière à la faire ressembler à un démon.

 

De plus, Ito joue sur la démesure des taches et chatîments que subit son héroîne.

La vie de Nami ferait passer celle d'Oliver Twist pour celle de Richie Rich.

Coups dans la tête et les parties génitales, strangulation, pendaison, brûlures, etc... Rien ne lui sera épargné.

Son supplice prend son apogée dans une séquence de travaux forcés, où elle devra creuser un trou 48h d'affilée, ne fléchissant pas contrairement à ses voisines qui pourtant ont bénéficié d'une nuit de sommeil.

Nami apparaît comme une sorte de super-héroïne, elle supporte tout et n'importe quoi et semble invincible.

 

Les personnages sont caricaturés à outrance: les méchants rient en gros plan pour n'importe quelle raison et s'allument constamment des cigares. 

Les hommes sont tous des salauds, violeurs potentiels, et sadiques en puissance, tout comme les femmes qui agissent tels des hiènes sur les plus faibles du groupe.

Ca peut faire rire les plus cyniques, les autres y trouveront un esprit cartoonesque des plus plaisants.

 

Bref, violence et nudité gratuite? Pas  tant que ça. On sent clairement un message anarchiste dans ce film, qui vient s'ajouter au féminisme de départ.

Nami, représentante martyr de toutes les femmes trahies, s'élève contre l'autorité et le système patriarcal. 

Si sa quète initiale est de se venger des deux personnes directement à l'origine de sa déchéance, elle va au fur et à mesure du film, devenir une icône, un symbole, la fusion de tous les abusés criant justice.

Sasori, c'est en quelque sorte Jésus qui ne pardonne pas. La seule loi qu'elle respecte est celle du talion.

Sa transformation progressive en scorpion est illustrée par son mutisme de plus en plus appuyé. (dans les opus suivants, elle parlera de moins en mois)

La force de la série repose sur son interprête, la magnifique Meiko Kaji, beauté froide dont le regard incroyablement expressif est indétachable du personnage de Sasori.  Ce sera la raison pour laquelle ses deux successeuses n'arriveront jamais vraiment à convaincre.

A savoir que c'est la miss qui interprête la chanson phare des 4 premiers films, "Urami Bushi" (qui peut être traduit par mélodie de la rancoeur), elle aussi indisosciable de la saga.

En résumé, une très bonne introduction à la saga, mais dont le côté prison pourra faire préferer à ceux qui ne sont pas amateur du genre les opus suivants, plus variés dans leurs décors.

 

"Elle s'appelait Scorpion" ("Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô")-1972

 

Voici donc l'opus le plus connu par chez nous. Sorti la même année que La femme Scorpion, et réalisé une nouvelle fois par Shunya Ito, le film ne souffre pas de sa production éclair et n'est en aucun cas un remake peu inspiré.

Le titre français est pour une fois très bien choisi, tant il montre le côté iconique de celle que l'on n'appelle plus Nami, mais Sasori, et fait référence au western (On l'appelle Trinita, Mon nom est personne,etc...).

Car oui, Elle s'appelait Scorpion trouve sa plus grande inspiration dans le western, et plus précisemment dans le genre qui lui succéda, le road movie.

 

Un an s'est écoulé depuis les événements du premier.

Sasori est enfermée depuis ce temps dans une cellule spéciale pour la punir de ses crimes, mais surtout car le directeur de la prison la tient personnellement comme responsable de la perte de son oeil, qu'une autre détenue lui avait crevé en tentant de la tuer.

Il prend un malin plaisir à la torturer et souhaite de tout coeur sa mort.

Malheureusement pour lui, Sasori s'évade lors d'un transfert avec l'aide de 6 autres femmes, toutes aussi déterminées qu'elle.

 

Les fugitives en poncho de fortune à la Clint Eastwood traverseront les plaines desertiques du Japon, dans un superbe cinémascope, à grand coup de cadres dynamiques et de gros plans muets à la Leone.

Si les références à ce genre purement occidental sont légion, Ito conserve tout de même un univers japonais.

Ainsi, le genre fantastique s'incruste dans de superbes passages chantés où le passé et le destin des prisonnières sont dévoilés, rappellant le théatre de marionnettes Bunraku, ou la scène où Sasori semble récupérer l'âme de la vieille femme trouvé en chemin, celle-ci lui confiant son esprit de vengeance à sa mort, entraînant le déluge des éléments et sa disparition au sens propre dans la nature.

 

Ito conserve également le style mis en place dans les premières aventures de Sasori.  Les délires surréalistes sont toujours présents grâce à des lumières très colorées à la Bava, ou des images fortes comme celle où le cadavre d'une fugitive jété dans une rivière, crée une cascade de sang.

 

Les thématiques du premier sont reprises et amplifiées. Si vous trouviez le premier radical, laissez tomber cette suite, car l'intérieur de la prison n'était rien comparé à l'extérieur.

Les seuls hommes civils que l'on nous montre sont des touristes obsédés sexuels, pelotant à tout va la guide de leur bus, l'un d'eux se vantant même d'avoir violé nombre de chinoises lors de la guerre.

Ces derniers croiseront l'une des fugitives, lors d'un arrêt, et s'empresseront de la violer et de jeter son pauvre corps dans la rivière.

Les comparses de la morte iront alors se charger de leur cas, en prennant possession du bus, et martyrisant tous les voyageurs.

Les matons sont encore plus cruels qu'avant. Ils n'hésitent pas à malmener un gamin de 5 ans pour que sa mère dénonce ses camarades, ou, sous les ordres  du directeur, à attacher Sasori à une croix, puis à la violer devant toutes les prisonnières.

 

Ce qui nous amène au thème du martyr, déjà exploité dans l'opus précédent, mais cette fois-ci clairement rattaché à son sens religieux tout en s'en moquant.

Le fait de faire violer Sasori sur sa croix est clairement blasphématoire. Les "sept" femmes sont loin d'être des saintes. Quant à la (fausse) vierge Sasori, elle fait pleurer des larmes de sang mais ne pardonne pas la trahison.

De plus, elle devient l'esprit saint de la vengeance, après avoir êté possédé par l'âme de la vieille sorcière, regroupant ainsi toutes les frustrations de ses camarades, dont elle vengera les morts lors du final.

 

Meiko Kaji, toujours époustouflante dans son rôle, poursuit son évolution vers la bestialité.

Heureusement que la belle n'est pas payé au texte, car elle ne prononce que deux phrases à la toute fin du film.

Dans cet épisode, elle joue principalement un rôle d'observatrice, restant toujours dans un coin et laissant les décisions aux autres. 

Toutefois, elle sait se montrer toujours implacable lorsque l'occasion se présente.

 

 

Elle s'appelait Scorpion s'avère donc une suite supérieure à l'originale, en poussant beaucoup plus loin ses thèmes, et brassant une multitude de références et de cultures, ce qui fait de lui un maître étalon du cinéma d'exploitation.

 

J'avais continué sur le reste de la saga, mais toutleciné a planté quand j'ai voulu valider. Du coup, va falloir attendre un peu pour la suite.

 

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Joyeux Noël Mamère!  posté le lundi 24 décembre 2007 18:55

Petit message pour vous souhaiter à tous de bonnes fêtes de fin d'année.

Tentez d'être gentil avec votre entourage, n'abusez pas du champagne, et survivez aux programmations tv bidons.

Je vous conseille de bons films de Noël comme Gremlins, Black Christmas (original ou remake), Scrooged, The Nightmare Before Christmas, Batman Returns, La vie est belle de Capra, et même soyons fous, Home Alone qui est un film que je trouve très plaisant malgré ce que certains en pensent, pour accompagner la dinde.

Merry Christmas comme on dit dans la langue de Tim Allen. 

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Gotham Godfathers  posté le vendredi 14 décembre 2007 20:26

C'est avec un peu de retard que je vous livre cette petite news.

A l'occasion de la sortie de The Dark Knight de Christopher Nolan (en priant pour qu'il fasse un bon film cette fois-ci), nous aurons droit à un dvd regroupant six court-métrages d'animation dans le style japonais.

Ceux qui se rappellent de l'excellent Animatrix sauront que ce n'est pas un projet à prendre à la lègère, et qui risque bien de créer la surprise.

Et justement, surprise il y a déjà, puisque le réalisateur Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers, Paprika, et surtout l'incroyable série Paranoïa Agent) se voit aux commandes d'un des courts.

Il est selon moi, le plus grand réalisateur d'animation à l'heure actuelle, et le voir travailler sur Batman, c'est juste la meilleure idée du siècle! 

 

Si on rajoute Bruce Timm, dont j'ai déjà parlé dans mes précédents articles, lui aussi à la réalisation d'un épisode, Alan Burnett (scénariste sur la série animée Batman de 1992), Brian Azzarello et Greg Rucka (auteurs de comics) se chargeant des scénarios, ça donne méchamment envie!

Dommage que David Goyer vienne mettre son nez là-dedans en écrivant un court-métrage.

Enfin bon, l'animation sera signé par les meilleurs studios japonais du moment, à savoir Madhouse, Studio4°C et Production I.G.

 

Sortie prévue cet été, avec bien sûr une review complète de ma part.

Je vous laisse avec la première image officielle:

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On ne vous entend toujours pas crier dans l'espace (part 4 et fin)  posté le lundi 10 décembre 2007 17:19

Alien Resurrection de Jean Pierre Jeunet

Année de sortie: 1997

Durée: 1h44

 

 

 

La Fox ne veut pas croire à la fin de la saga et réclame une suite. Mais comment faire un Alien alors que le personnage emblématique n'est plus?

Un script est commandé à Joss Whedon (créateur de Buffy vampire slayer et Firefly, entre autre), qui semble plaire à tout le monde, même à Sigourney Weaver qui rempile du coup, mais qui déçoit les producteurs récurrents de la saga, Walter Hill et David Giller, qui décident alors de ne pas participer au projet.

La Brandywyne ne produira donc pas ce nouveau segment, laissant pour la première fois leur bébé à une autre société.

Comme pour les anciens opus, on recherche un jeune réalisateur visionnaire et prometteur.

Danny Boyle (Trainspotting) est proposé, mais celui-ci refuse pour diverses raisons.

Puis, on fait appel au français Jean-Pierre Jeunet, qui contre toute attente accepte de se lancer dans le monde cruel du cinéma hollywoodien.

Il ramène dans ses bagages ses plus fidèles collaborateurs, dont Darius Khondji (chef-opérateur sur Delicatessen et La cité des enfants perdus), Pitof (responsable des effets spéciaux sur ces mêmes films), Dominique Pinon qui joue dans tous ses films, et même Ron Perlman qu'il avait dirigé sur La cité des enfants perdus.

Malheureusement, le système hollywoodien n'intéresse pas Marc Caro, qui formait jusqu'ici la moitié d'une entité à deux têtes avec Jeunet. Il fera cependant quelques dessins de production pour les costumes, histoire de...

Cependant, Jeunet n'est pas dupe, il sait très bien qu'il n'est là que parce que la production pense qu'il est le plus à même pour remplir le cahier des charges. Ayant travaillé dans la publicité, il sait comment s'y prendre, et voit donc le film comme une longue pub.

 

Le film comporte un nombre nettement plus important de plans à effets spéciaux.

La conception des créatures est donné au studio d' Allec Gillis et Tom Woodruff, élèves de Stan Winston, qui s'occupent de ça depuis Aliens, ce qui fait d'eux des vétérans au même titre que Sigourney Weaver.

L'évolution des techniques leur permet d'aller plus loin dans la performance des animatroniques et marionnettes.

Si la majorité des bestioles ne sont que des mises à jour techniques de celles apparues auparavant dans la saga, le film apporte une nouveauté en la présence du New Born.

Ce dernier est un croisement génétique entre l'homme et l'alien, bénéficiant d'une apparence penchant plus sur l'humain.

Ainsi, son corps tient de l'absurde, faisant autant penser à un bébé qu'à Homer Simpson, mais dont la tête est dérangeante de par sa forme crânienne et ses yeux innocents et larmoyants.

Il met mal à l'aise, on ne sait pas si on doit en rire ou en avoir peur. Il est touchant comme un bébé, et dangereux comme un prédateur.

Même si son rôle dans le film est à discuter, je trouve que son design est réussi.

Ce film marque également l'arrivée du premier alien en image de synthèse. A la sortie du film, ça passait, mais maintenant on peut dire que l'effet a mal vieilli, manquant de détails graphiques et pourvu de mouvements trop basiques.

 

Le tournage se passe sans problèmes majeurs, le film fait un score pas mal au box-office, tout le monde est content, youpi c'est la fête!

Oui...mais non.

On est en droit de se demander si le choix de Jean Pierre Jeunet fut une si bonne idée que ça.

Ridley Scott, James Cameron et David Fincher étaient des réalisateurs à l'aube de leur carrière, qui avaient réussi à inventer ou insuffler leur style dans leur opus respectif.

Jeunet fait de même, et transforme Alien Resurrection en comédie noire d'action. Son style visuel a tout pour coller à celui de la saga.

Mais étrangement, ça ne colle pas...Un humour malvenu rentre en désaccord avec des séquences glauques et desespérées. La gallerie de gueules cassées habituel chez Jeunet, ne fait aucun effet car écrit comme des stéréotypes inintéressants au possible, pourtant interprêté par d'excellents acteurs.

Le film va à toute allure et ne prend jamais le temps d'approfondir les situations et les protagonistes.

Il se crée un gros décalage entre les intentions du script et l'univers personnelle de Jeunet.

Le film souffre d'autant plus si on le voit à la suite des autres, et fait figure d'épisode bonus "Et si...Alien était un fan-service".

On peut se demander si justement la trop grande liberté laissée au réalisateur et le confort de tournage ( qui se passe à Los Angeles et non plus en Angleterre) ne sont pas une des causes d'un tel relachement.

Chaque épisode avait été enfanté dans la douleur, entre défis et prise de becs avec la production.

Je pense sincèrement que ces dures contraintes se ressentaient à la vision des films, comme si le mental erreinté et meurtri des réalisateurs hantaient la pellicule.

De plus, Jeunet n'a pas eu à créer l'univers comme Scott ou écrire le script comme Cameron et Fincher, seulement remanier ce qui avait été écrit par Whedon afin d'y inclure son style.

Pour un homme comme Jeunet, habitué à écrire des scénarios originaux et à inventer des univers atypiques qu'il affectionne, évoluer dans une mythologie vieille de vingt ans, connue de tous, crée forcément un problème.

Un réalisateur novateur mais dont le style se rapproche plus des critères nécéssaires à un Alien, qui est quand même sensé être de la SF horreur avant tout, aurait été David Twohy, déjà envisagé pour Alien³.

 

Il ne serait pas juste de tout mettre sur le dos de ce pauvre Jean Pierre, qui n'a fait que ce qu'on attendait de lui.

Il y a également le scénario de Joss Whedon qui est concerné, même si ce dernier se défend en clamant que son script a été dénaturé par la mise en scène du frenchie.

On retrouve nombre d'éléments venant du script de Gibbons pour Alien³, avec le laboratoire militaire où l'on fait des expériences sur les aliens, créant de nouvelles races et évolutions, ainsi que le retour sur Terre.

L'histoire de l'Alien Ripley (je l'appelle comme ça en référence à Helen Ripley) est intéressante mais pas assez approfondi, tout comme le côté scientifique militaire. La faute à la place prise par des héros secondaires, dont on se fout royalement.

L'équipage du Betty sont des bad-ass chasseurs de primes de l'espace, tout sauf attachants, et servant essentiellement à créer des situations comiques ou de victimes potentielles.

Sauf que si on ne croit pas aux personnages, on en a que faire qu'ils crèvent...

Le film a beau être énergique grâce à son surdécoupage, au final il ne se passe rien. Les persos se vannent dans des couloirs, ouvrent une porte, y trouvent quelque chose, puis repartent dans les couloirs, tombent sur une autre porte,etc...

Et parfois, on a droit à une scène d'action gratuite pour réveiller le spectateur.

Histoire de chipoter encore plus, on trouve des incohérences tels que la création du nid alien et le changement du système de reproduction de la reine, qui se déroule en moins de trois heures...Elles sont rapides les bestioles!

Ou encore Ripley qui passe de deux mots de vocabulaire à une phrase construite en deux secondes...

Maintenant que j'ai craché ma bile, je vais quand même parler des bonnes idées du film.

 

Le lieutenant Helen Ripley s'est sacrifié pour le bien de l'humanité, il y a plusieurs siècles.

Tout comme Jésus-Christ, elle resuscite, mais Dieu n'est pas dérrière ce miracle.

La science la ramène parmi nous, par le biais du clonage. Ou en tout cas, ramène une partie d'elle.

La nouvelle Eve tient autant de la belle que de la bête, son adn s'étant mélangé à celui de la reine alien qu'elle portait.

Après s'être rapproché de son ennemi, elle est devenu une des leurs.

« Ne combats point les monstres ou tu deviendra monstre[...] »-Nietzche (et hop, paye ta citation philosophique).

Elle récupère rapidement ses facultés mentales ainsi que sa mémoire.

Consciente de ne pas être la véritable Ripley, malgré ses souvenirs, elle joue un rôle d'observateur, attendant que le chaos reprenne.

Elle semble n'avoir aucun but, à part attendre. Aucune envie de se battre, de s'enfuir, de sauver les gens, elle obéït comme un pantin, avec un sourire narquois.

Ripley est bel et bien morte.

Même quand le personnage de Winona Ryder s'apprête à la tuer, elle ne se défend pas, elle lui parle seulement par curiosité.

Son instinct de survie va quand même ressurgir lorsque les aliens se libéreront. Mais même là, elle n'agira contre eux que s'ils lui barrent la route.

On ne sait pas quel est son but, pourquoi elle suit les membres du Betty.

Finalement, elle sortira de sa torpeur en découvrant qu'elle n'est pas unique, et que sept expériences ratées l'ont précédées.

Elle fait tout cramer, mettant fin à la souffrance d'une des abominations, et montre enfin des sentiments humains.

Plus tard dans le film, elle se fera enlever par les aliens, qui l'amènent dans leur nid où elle assistera à la naissance du New Born, hybride tout comme elle entre l'humain et l'alien.

Le bébé fera le choix, non pas de suivre la pensée alien, ni humaine, mais la sienne et celle de Ripley, la nouvelle race.

Il tue alors la reine, la jugeant inférieure, et se tourne vers celle qui mérite d'être sa mère.

C'est à ce moment-là, je pense, en voyant son double, que Ripley subit un choc et se rend compte qu'elle ne veut pas être comme lui, et décide de laisser gagner sa part humaine.

A la fin du film, elle choisit de sauver son amie et de tuer le New Born, tuant symboliquement sa part sombre.

On ne comprend donc qu'à la toute fin, son comportement depuis le début. Elle était indécise quant à sa place.

Elle faisait parler la bête qui est en elle, de manière spontanée, mais n'avait pas encore cédé totalement au côté obscur, laissant la chance aux humains de prouver leur supériorité.

Son mutisme et sa neutralité paraissent tout à coup logique.

Sa discussion avec Call et sa sortie de la cellule afin de rejoindre les membres du Betty, avaient pour but de les étudier et les jauger.

Un simple plan résume tout ça, dans la séquence de la cuisine innondée, où Ripley contemple passivement une alliée se faire attraper par un alien, semblant réfléchir à l'infériorité humaine.

En fait, elle ne reproduisait que ce qu'on lui avait fait subir, à savoir des analyses, des tests, comme un enfant qui imite les grands.

Au final, elle ne fera pas ce que ses parents voulaient pour elle, et s'assumera en tant qu'individu unique, et non comme le numéro 8.

 

La musique de John Frizzell s'en tire mieux que le film.

Ce jeune compositeur inconnu, comme l'étaient James Horner et Eliott Goldenthal, ne connaîtra cependant pas la même carrière que ses illustres prédécesseurs.

Il signe pourtant ici une superbe bande originale, mélant romantisme, sensualité, et violence.

Un score tout à fait honorable, bien que trop imposant et inférieur à ceux d'avant.

 

Alien Resurrection conclut momentanément la saga, avec une pointe de déception. Le film reste sympathique, si on fait l'effort de ne pas le comparer aux trois premiers.

Jean Pierre Jeunet a fait mieux dans sa carrière, mais ouvre la voie au phénomène frenchie à Hollywood avec les honneurs.

Alien reste pour moi une des trilogies (désolé JP!) les plus réussies de l'histoire du Cinéma.

Sa réussite est liée aux grands noms qui l'ont dirigée, chacun ayant tout à prouver à l'époque et possédant un style bien particulier.

Cet univers aussi effrayant que malléable mérite bien plus que des divertissements crossover avec Predator ou des remakes (ça va venir un jour ou l'autre).

En attendant un hypothétique Alien V et la révélation du jeune surdoué qui le réalisera, je vous laisse revisiter à loisir les couloirs sombres du Nostromo, Sulaco, LV 426 et Fury 161.

 

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