10,000 BC
Sortie le 12 mars 2008
Durée: 1h49
"La vie, c'est comme un film avec Richard Anconina, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.", ce dicton plein de sagesse peut également s'appliquer aux films de l'exilé teuton Roland Emmerich. Après quelques films de SF sans grande prétention, le réalisateur arrive à s'infiltrer au début des années 90 dans le système américain avec le succès inattendu de l'actionner Universal Soldiers (1992), puis tape encore plus fort avec son Stargate (1994), film qui divise encore énormément.
A partir de là, l'ami Roland met un pied dans un engrenage des plus douteux. Devenu le nouveau "Mr Blockbuster", il enchaîne les films de grand spectacle en y injectant des doses écœurantes de patriotisme américain, comme s'il devait prouver son intégrité à sa nation d'adoption. D'Independance Day (1996), et sa trinité président/juif/noir sauveurs du drapeau étoilé, à The Patriot (2000), et son vigilante Mel Gibson charcutant de l'anglais durant la guerre d'indépendance (oui,encore), en passant par Godzilla (1998), et le révisionnisme fictif de la création du monstre nippon culte, devenu le résultat des tests nucléaires français au lieu de celui des effets d'Hiroshima, Emmerich annihile le capital fun de ses films par la lourdeur de ses paraboles.
Cependant, son The day after tomorrow (2004) semblait montrer une prise de conscience de la part du réalisateur, qui au détour d'un film certes crétin, portait un regard moins valorisant sur le mode de vie de ses nouveaux compatriotes et du monde entier, et par là même réussissait un spectacle de meilleure tenue que d'habitude.
Aujourd'hui, c'est des douzaines de milliers d'années qu'il remonte pour nous divertir avec de l'épique pour les nuls, 10,000 s'avérant le plus mauvais film du réalisateur déjà pas gâté.

Comme le titre l'indique, dix mille ans avant la naissance du petit Jésus vivait une tribu de chasseurs de mammouths, dont l'un d'eux, D'Leh (Steven Strait) flambait d'amour pour Evolet (Camilla Belle), orpheline que sa tribu avait recueillit quelques années plus tôt. Malheureusement pour lui, une bande de guerriers étrangers vint piller son village, et capturer la belle. Avec l'aide de ses compagnons chasseurs, il partit à sa recherche, traversant moultes épreuves et régions inconnues, pour finalement découvrir que comme la légende le prédisait, il était l'homme qui sauverait la civilisation.
Premier constat qui s'impose, notre ami Roland est peut-être calé niveau Histoire de l'Amérique, mais il a séché les cours de ceux sur la préhistoire.
La tribu du héros est constituée de rastas caucasiens, épilés sous les bras et maniant très bien l'anglais niveau bac première langue. De quoi faire hurler les anthropologues en herbe donc, mais là n'est pas le problème. Après tout, 10,000 se veut être du grand divertissement qui ne s'embarrasse pas de véracité historique. Et même si les autres tribus du film parlent une langue primitive et sont typés africains, on serait prêt à excuser ce grand foutoir au nom du Sacro-saint Divertissement, et c'est bien là que ça coince.
Après avoir écouter ce cher Omar Sharif, qui délaisse le tiercé pour faire le narrateur, nous placer les personnages et les enjeux d'une légende ancestrale, et assister à une chasse aux mammouths des plus cartoonesques, on voit arriver notre copine l'Ennui, qui s'assoit à nos côtés et place sa tête sur nos épaules.
Et rien ne la fera partir, même pas le pillage du village, élément perturbateur et point important dans des films comme Conan (1982) ou Apocalypto (2006), car ici complètement dénuée de violence et de puissance émotionnelle, sans compter le peu d'attachement que l'on peut porter aux personnages auxquels on ne croit pas un seul instant.
On a beau se dire qu'on va nous épater avec de superbes séquences à effets spéciaux comme d'habitude chez Emmerich, histoire d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent, mais là aussi, ça sonne creux. A part les mammouths précités, on est très loin de ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle, et le réal le sait bien puisqu'il noie l'une de ces plus grosses séquences, celle des dodos géants carnivores, sous une mise en scène épileptique et illisible.
A l'inverse, les scènes du smilodon sont très calmes, puisque l'affrontement tant attendu n'aura pas lieu, la bête faisant ami-ami avec le héros. Mais puisqu'on vous dit que c'est du divertissement!

Grève des scénaristes oblige, le vieux cliché du film épique refait surface pour notre plus grand malheur. Découpé comme un jeu vidéo, les héros traversent des mondes à la géographie différente, avec plus ou moins à chaque fois un boss de fin de niveau, pour au final sauver le royaume champignon et la princesse qui a mis trop de mascara.
On assiste impuissants à la quête cousue de fil blanc, qui bien que bénéficiant d'un enjeu dramatique ne s'élève jamais vraiment.
Tout souffle épique est annihilé par une paresse de la mise en scène et un abandon de l'iconisation du héros, sans compter des nemesis qui font pâle figure.
Ces derniers sont en deux catégories, dont la première correspond aux pillards du village, qui ont des "gueules" comme on dit, mais qui sont malheureusement sous-exploités pour faire place aux commanditaires, sortes de tyrans égyptiens tenant en esclavage les autres peuples, et qui ressemblent à un mélange de moines tibétains et de Paul Préboist.
Pour le coup, on regrette les aliens de Stargate.
Comble de tout, cette épopée molle du genou macère dans un romantisme premier degré et des valeurs profondes venues d'un autre âge, ce qui est bien la seule chose cohérente avec le sujet.

Roland Emmerich loupe le coche avec cette Guerre du feu bigger than life. Crétin, beauf et chiant, voilà ce qui caractérise les aventures de nos lointains ancêtres. Il n'y a même plus de quoi rire devant le vide abyssal de ce spectacle où personne ne semble s'être investi.
On espère que cette perte de savoir-faire dans l'art du blockbuster, s'explique par la sortie de son prochain film, 2012, prévu pour l'année prochaine, et qui devrait marquer les retrouvailles de notre ami avec les cataclysmes écologiques.
En attendant, fuyez ce remake de Rrrr!!!.









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