Be Kind Rewind
2008
1h41
C'est l'histoire d'un jeune versaillais qui fait de la batterie dans un groupe de pop-rock du nom de Oui-Oui, à la fin des années 80. Il en fait également les clips, et l'un de ces clips se voit diffusé sur MTV, et la chanteuse Björk tombe dessus. Elle adore ce qu'elle vient de voir, et contacte immédiatement le jeune homme pour qu'il lui fasse sa nouvelle vidéo. Ils en feront plusieurs au final, et de nombreux artistes voudront eux aussi avoir leur clip réalisé par ce mystérieux français à l'imagination débordante.
Après s'être vu récompensé à de nombreuses reprises pour ses clips et ses publicités, on lui propose de se lancer dans le long-métrage, avec l'aide du scénariste Charlie Kaufman, qui a déjà lancé un autre clippeur reconnu, Spike Jonze, sur la route du succès cinématographique.
Leur film, Human Nature (2001), va cependant être boudé à sa sortie, voire même considéré comme un navet. Qu'importe, ils remettent le couvert avec Eternal Sunshine of the spotless mind (2004), et là c'est le jackpot, avec même un oscar pour meilleur scénario original. Après le documentaire comico-hip-hop Block Party (2005), l'enfant du pays revient en France pour signer tout seul cette fois, La science des rêves (2006), avec la plus grande liberté possible.
Cette histoire peu commune est celle du peu commun Michel Gondry, dont le parcours est aussi bizarre que ses idées.
Son nouveau film Be kind rewind gagne dores et déjà le prix du pitch le plus farfelu de l'année. Lorsque Jerry (Jack Black) dont le cerveau a été malencontreusement magnétisé, efface les bandes de toutes les VHS du magasin de location tenu par son pote Mike (Mos Def), une seule solution s'offre à eux pour satisfaire la clientèle avant le retour du patron Mr. Fletcher (Danny Glover), refaire eux-mêmes les films avec les moyens du bord. Cette idée invraisemblable va alors connaître un immense succès et faire d'eux les stars du quartier.

Ce qui s'annonçait comme un gros délire référentiel risque de décevoir les fanboys s'attendant à un enchaînement de remakes artisanaux de leurs films cultes. Gondry ne s'attache à cet argument de vente que lors d'une infime partie du film, et si ces détournements réservent tout de même leur lots de fou-rires, ils ne sont que de simples outils servant un message qui est tout autre.
Contrairement à un Tarantino caressant le cinéphile dans le sens du poil, Gondry prend des risques en livrant une oeuvre qui s'adresse à tout le monde, et qui surprendra ses fans par sa simplicité.
Hormis deux faux plans séquence épatants, la mise en scène est très sobre, ce qui est étonnant pour celui qui a bâti sa carrière sur une inventivité technique constante.
Une retenue qui s'explique par la volonté de laisser ses personnages et les spectateurs faire le travail, être les acteurs de leur propre imagination.
Car la véritable histoire de Be kind rewind est celle d'un quartier de la petite ville de Passaic dans le New Jersey, qui ne brille guère que dans l'esprit de Mike et Jerry, persuadés que le légendaire jazzman Fats Waller est né dans l'immeuble qui abrite le vidéo-club "Be kind rewind" que tient leur ami Mr. Fletcher.
Considéré comme délabré par les services administratifs de la ville, l'immeuble se verra raser si des travaux ne sont pas effectués rapidement.
C'est en ça que les délires filmiques des deux comparses vont être utiles, non pas en apportant l'argent nécessaire à ces travaux, mais en rassemblant la communauté dans une Eglise placée sous le signe de la culture populaire, dont les piliers sont l'imagination, le rêve, l'espoir et la tolérance.
Et même si Fats Waller n'a jamais vraiment vécu à Passaic, rien n'empêche de le croire et d'en faire une réalité à travers une pellicule, résultat et symbole d'une conscience collective.
Loin du révisionnisme, c'est de l'humanisme que nous propose Gondry, car contrairement au nihiliste The Mist de Frank Darabont (que je vous conseille fortement, malgré sa distribution désastreuse), Be kind rewind transmet une foi profonde en la capacité de chacun, quelque soit ses origines et sa situation sociale, de changer les choses avec sa créativité.
Comme dans Ratatouille (2007), on peut en tirer que le talent peut naître n'importe où, et que quelque soit le résultat, l'œuvre existe et possède du cœur et une âme.
Porté par un casting de gens à la fois banals, fous et crétins, bref des personnes comme vous et moi, le film touche plus que de raison.
Si l'on peut se sentir floué de prime-abord en ne retrouvant pas les promesses de départ, ou étonné par la limpidité et la linéarité du scénario, on ne peut qu'honorer la dévotion de l'auteur pour son message à la fois personnel et universel.

En conclusion, Be Kind Rewind est donc un pur film de Gondry, mais pas celui mis habituellement en avant. Délaissant les excentricités de l'image et de la narration, le maître de l'inventivité livre une oeuvre humble, sans tomber dans la facilité.
Une histoire d'amour différente de celle de ses précédents films, le couple fait place cette fois-ci à l'Humanité toute entière.
Un film "swedé" à l'image des créations des deux personnages principaux, à la fois délirant, plein de joie de vivre et porteur d'un message dont on vous laisse tirer les conclusions selon votre imagination.









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