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Evil Dead 2 de Sam Raimi  posté le lundi 18 février 2008 20:22

Blog de winslowleach : In the mouth of geekness, Evil Dead 2 de Sam Raimi

Evil Dead 2: Dead by Dawn

1987

Durée: 1h25

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la fin des années 70 dans le petit état du Michigan, vivaient Samuel Raimi, Bruce Campbell et Robert Tapert, trois amis désireux de tourner un film d'horreur.

Le genre demande peu de moyens, mais encore faut-il en avoir. Pour cela, Sam, alors tout juste agé de dix-neuf ans, décide de faire un court-métrage en Super 8, intitulé Within the woods (1978), où un groupe d'amis se fait massacrer par un des leurs, possédé par une force démoniaque après avoir profané un cimetierre indien.

Avec cette démo sous le bras, le trio va écumer la région afin de réunir les fonds nécéssaires à la production d'un long-métrage, persuadant notables et parents de la rentabilité du projet.

Péniblement, ils arrivent à récolter 375 000 dollars de budget, et se lancent dans le tournage de Book of the Dead.

Après trois ans d'un tournage laborieux, le film renommé The Evil Dead, sort sur les écrans américains en 1981 et passe inaperçu.

Leur salut viendra d'Irvin Shapiro, distributeur qui présentera la pellicule au Marché du film de Cannes en 1982, et du romancier Stephen King venu présenter Creepshow de George A. Romero, qui leur offre une publicité du tonnerre grâce à sa critique dythirambique.

The Evil Dead remporte alors un gros succès en Europe, rapportant au final presque trente fois son budget, et devenant ainsi l'un des films d'horreur les plus rentables de l'Histoire.

Ce succès commercial n'est rien comparé au statut que le film va se voir très vite attribuer par les fans de ciné de genre. Il exerce encore aujourd'hui une forte influence sur une génération de cinéphiles, mais reste méconnu aux yeux du grand public, ce qui lui confère à l'évidence le titre de "culte" au sens propre du terme.

Maintenant que Raimi a percé dans le monde impitoyable du 7ème art, il décide de changer de registre, et réalise son deuxième long-métrage, Crimewave (1985), écrit en collaboration avec ses amis Ethan et Joel Coen, encore inconnus à l'époque et avec qui il travaillera à de nombreuses reprises.

Le film est une comédie cartoonesque sur un simplet tentant de sauver sa belle des griffes d'exterminateurs de nuisibles de "toutes tailles".

Les producteurs vont malheureusement mettre leur grain de sel sur le plateau, et le contrôle du film va échapper à Raimi.

Même si Crimewave n'est pas tel que l'aurait souhaité son réalisateur, il en resulte une excellente comédie, qui est sans nul doute le plus gros cartoon live jamais fait. Son titre français, Mort sur le grill, est assez ironique puisque le film fait un four monumental à sa sortie.

Face à cette expérience catastrophique, le trio Raimi/Tapert/Campbell ne voit qu'une solution pour relancer la machine: une suite à Evil Dead.

 

 
L'idée d'une séquelle à The Evil Dead remonte à la sortie du dit-film, quand Irvin Shapiro, soucieux de ne pas perdre une poule aux oeufs d'or, propose au jeune réalisateur d'enchaîner directement sur la suite. Ce dernier refuse car il tient à faire Crimewave.

Au même moment, le célèbre producteur Dino De Laurentiis qui travaille avec Stephen King en vue d'adapter nombre de ses romans, propose à Raimi de s'occuper de Thinner (La Peau sur les os), qui ne se montre pas intéressé pour la même raison. 

Thinner sera finalement adapté par Tom Holland en 1996, dans un film sympathique au demeurant.

Face à l'echec de Crimewave, Raimi et sa bande reviennent sur la proposition de Shapiro, et utilisent l'argent récolté sur le premier Evil Dead pour financer la suite. Malheureusement, cela ne suffit pas pour mettre sur pied le script qui veut que le héros se retrouve propulsé au Moyen-Âge.

Stephen King entend parler de leur problème financier, via un des membres de l'équipe. L'écrivain appelle alors son partenaire De Laurentiis, et le prie de financer le film.

De Laurentiis, bon joueur, s'éxécute et livre 3 millions et demi de dollars, sans toutefois s'impliquer directement, puisqu'il fera signer son beau-fils Alex De Benedetti en tant que producteur.

Il produira également le troisième Evil Dead, Army of Darkness (1992), mais cette fois de manière plus ouverte.

Malgré cet apport financier, le budget ne permet toujours pas de faire le film médiéval prévu.

Raimi et Scott Spiegel, qui co-écrit le scénario, revoient leurs espérances à la baisse, et décident de refaire le premier Evil Dead, tel que l'aurait souhaité Raimi.

Dans cette nouvelle histoire, on retrouve Ash (Bruce Campbell) venu passer quelques jours de vacances avec sa fiancée Linda, dans une cabane au fond des bois. Il y a découvert le Livre des Morts (Necronomicon) et une bande magnétique sur laquelle un professeur récite des incantations sumériennes, réveillant des forces inconnues qui prennent possession de Linda.

Pour se protéger, Ash se voit obligé de la tuer, et devient fou à lier en tentant de combattre les démons qu hantent les lieux.

Cette première partie reprend l'intrigue d'Evil Dead avec un casting plus réduit, en la personne de Bruce Campbell qui reprend son rôle et Denise Bixler qui remplace Besty Barker dans celui de l'infortunée petite amie.

Ces changements sont dùs à des problèmes de droits, qui empêchent Raimi de réutiliser les images du premier opus. Cette ouverture est la raison majeure de la confusion des fans qui pensent voir alors un remake, alors qu'il s'agit bien d'une suite directe.

Après ces quelques minutes servant de résumé, la fille du professeur auquel appartient la cabane, débarque avec son petit ami et un couple de rednecks, à la recherche de son père. Ils découvrent Ash et le prennent pour un assassin, avant que les esprits ne se remettent à l'attaque.

 

 

Si le scénario, prétexte à de nouvelles mésaventures sanguinolentes, n'entrera pas dans les annales, ce n'est pas le cas de la mise en scène de Sam Raimi, réalisateur touche à tout, qui grâce à son sens inné du système D, ne cesse d'innover techniquement afin de compenser la modicité de son budget par une grosse dose d'imagination.

Après avoir crée sa propre steady-cam à l'aide d'une simple planche en bois, sur le tournage du premier Evil Dead, le MacGyver du cinéma continue ses expériences pour le plaisir du spectateur, et le déplaisir de son acteur principal, qui se retrouve fixé à une structure métallique pouvant tourner à 360°, puis projeté en arrière sur deux kilomètres, tout en étant fouetté par des branches, dans une séquence ahurissante.

Dix ans avant les effets numériques, la caméra traverse les pares-brises d'une voiture, grâce à un mât métallique monté sur un chariot.

De plus, Raimi reprend sa mobylette afin de refaire le célèbre plan subjectif de l'esprit traversant la forêt puis la cabane, à toute vitesse.

Tel Ash et sa tronçonneuse dans le film, Raimi semble s'être implanté une caméra à la place de la main, et comme un sale gamin ne peut rester en place, enchaînant les plans "jamais vu" et débridés, faisant voler l'objectif dans les endroits les plus incongrus, avec une énergie débordante.

Cependant, il décide de ne pas en rester là et d'innover également sur le traîtement, en transformant le film d'horreur original en comédie.

Un changement des plus logiques quand on sait que, bien qu'étant amoureux du genre fantastique, le réalisateur trouve sa plus grande influence dans le slapstick, style comique basé sur la violence physique, auquel les comédiens The 3 Stooges ont donné leurs lettres de gloire.

En grand fan de ce trio burlesque, il abreuve sa filmographie d'hommage au slapstick.

Rien d'étonnant donc, à voir Liam Neeson dans Darkman, Tobey Maguire dans Spider-Man, et Bruce Campbell dans Evil Dead, se faire maltraîter de toutes sortes, que ce soit en se prenant des assiettes, des voitures, des poings, des murs et des arbres en pleine figure.

Raimi crée donc la première comédie gore, qui perd son impact horrifique au profit d'une montagne russe cartoonesque.

 


 

Comme le dit Raimi, le slapstick c'est fantastique, et c'est son ami Bruce Campbell qui en fera les frais, à travers son personnage d'Ash, qui lui vaudra le label de culte.

En subissant un entraînement draconien, il transforme l'anti-héros en bête de guerre et meneur d'hommes. Tronçonneuse au poing, l'über Ash dessoude du mort-vivant, mais ce n'est pas le côté action qui surprend, mais bien la maîtrise comique et corporelle de l'acteur.

Avec son visage élastique, sa connaissance du mime, et sa dévotion à son ami réalisateur, qui le force à s'éclater des assiettes sur la tête ou à être submergé de sang synthétique, il est le fruit de l'alliance contre nature de Buster Keaton et d'un toon.

Sam Raimi lui-même n'hésite pas à mettre la main à la pâte, en lui envoyant toutes sortes d'objets à la figure, ou à encourager les membres de l'équipe à faire de même. Un veritable martyr pour le pauvre Bruce, qui sera partagé par Ted, le frère du réalisateur, dans le costume de la tante Henrietta possédée, qui peut remplir une piscine de sa sueur, après chaque prise.

Pas étonnant qu'avec un tel traîtement, Ash devienne complètement dingue, allant même jusqu'à lutter contre sa propre main droite dans une séquence jouissivement déjantée, avant de s'amputer et jouer au chat et à la souris avec elle.

On peut alors voir Evil Dead 2 comme une vision subjective du premier film par un Ash en proie à la perte de raison.

A ce titre, la séquence où le mobilier prend vie et se moque du héros, entraînant un long fou rire de la part de chacun, avant que ce dernier ne passe littéralement du rire aux larmes, confirme cette hypothèse et rend le personnage très dérangeant.

Campbell a beau se concentrer sur la performance physique, ses quelques lignes de dialogues improvisées, souvent ridicules, sont restés dans les mémoires, comme le célèbre "Groovy" lancé de manière très sérieuse, après avoir implanté une tronçonneuse sur son moignon.

 

 

Le film réclame énormément d'effets spéciaux, et de toutes sortes: maquillages, sculptures, marionettes, animatroniques, et animation image par image.

Pour ce faire, Raimi s'entoure de la fine fleur des jeunes créateurs d'effets spéciaux.

Tom Sullivan, déjà responsable des sfx du premier opus, reprend son travail sur le necronomicon, dont il modifie légèrement l'aspect, ainsi que celui des "deadites", démons que l'on peut voir dans l'introduction du film, qu'il transforme en variations de harpies classiques.

Le reste de l'équipe est dirigé par Mark Shostrom, spécialiste du maquillage ayant travaillé pour Cronenberg, Gordon ou encore Carpenter. On y trouve également, Robert Kurtzman, dont la filmographie est elle aussi impressionnante et réalisateur entre autre de Wishmaster (1997) ou encore Howard Berger, qui a reçu depuis un oscar pour les effets spéciaux des Chroniques de Narnia.

Tout ce petit monde va s'atteller à la tache pendant 6 mois. Morts-vivants, arbres démoniaques, créatures volantes et flatulentes, membres arrachés, décapitation et destruction massive sont au programme.

Des techniques aussi simples qu'une tranchée invisible à l'objectif de la caméra, permettent de montrer une main galoper d'elle-même sur le plancher, des lentilles, du maquillage et une bonne direction d'acteur nous font croire à des êtres surnaturels,etc...

Et même si la danse macabre du cadavre de Linda parait un peu kitsh maintenant, elle en conserve un certain charme, renvoyant au travail de Ray Harryhausen.

Si la majorité de cette faune tient encore la route de nos jours, c'est grâce au talent de cette petite équipe de futurs grands du milieu, supervisé par un Sam Raimi qui connaît bien les ficelles et ne compte pas se laisser avoir sur la marchandise.

 


 

Malgré quelques soucis face à la censure lors de sa sortie aux Etats-Unis, le film connaît un incroyable succès auprès des fans du premier, et se paie le luxe d'entrer dans le cercle très intime des suites surpassant l'original.

Entre humour noir et gore qui tache, Evil Dead 2 devient une pierre angulaire du cinéma de genre des années 80.

Sam Raimi reviendra tourmenter le pauvre Ash dans Army of Darkness (1992), dans lequel celui-ci vivra enfin son aventure médiévale, avec une approche encore plus tournée vers la comédie.

En 1987, sort également le premier film d'un jeune néo-zéolandais, Peter Jackson, qui fait preuve du même amour que Raimi pour le mélange de gore et de comédie dans Bad Taste.

Rares sont les réalisateurs qui peuvent se vanter d'avoir débuter leur carrière sur un film d'horreur à tout petit budget, devenu immédiatement culte, pour arriver aux commandes des plus gros blockbusters de ces dernières années, en adaptant leur rêve de fanboy.

A vrai dire, on ne trouve dans cette catégorie que Sam Raimi (Evil Dead/Spider-Man) et Peter Jackson (Bad Taste/Le Seigneur des Anneaux et King Kong).

Resteront-ils des anomalies ou une armée, non pas des ténèbres, mais de jeunes réalisateurs audacieux et voué au genre, se lèvera-t'elle pour assiéger le royaume d'Hollywood? Seul l'avenir nous le dira.

En attendant un éventuel Evil Dead 4, que la trilogie de l'Homme-Araignée a quelque peu retardé selon Bruce Campbell, Raimi s'apprête à revenir à ses débuts dans Drag me to Hell, film d'horreur écrit avec son grand-frère Ivan, avec en tête d'affiche Ellen Page, la jeune actrice de Hard Candy et Juno.

 

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