Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 17/06/08 21:06 / 28 articles publiés
 

[Rec] de Jaume Balagueró et Paco Plaza  posté le vendredi 08 février 2008 22:15

[Rec]

Sortie le 23 avril 2008

Durée: 1h20

 

 

 

 

 

 

 

Attendu comme le messie par les amateurs de cinéma de genre, le dernier-né du réalisateur multi-primé Jaume Balagueró (La secte sans nom, Darkness, Fragile) s'est déjà crée une forte réputation.

Pour l'occasion, il s'associe à nouveau avec Paco Plaza (le très moyen L'enfer des loups et le sympathique épisode des Películas para no dormir: Conte de Noël), après leur documentaire OT: la película, traîtant de la Star Ac' espagnole.

Les deux comparses s'attaquent cette fois au film caméra-vérité, né avec le chef d'oeuvre de Ruggero Deodato, Cannibal Holocaust, avant de connaître un grand succès avec le surestimé Blair Witch Project.

Etrangement, il a fallu attendre presque dix ans pour que le concept donne vie à une mode, puisque cette année vous aurez le plaisir ou le déplaisir de découvrir Cloverfield, [Rec], Diary of the Dead, et le remake américain de [Rec], Quarantine.

Lors de la projection de son film au festival du film fantastique de Gérardmer, Paco Plaza annonçait fièrement mais sans arrogance, dans un français approximatif: « Nous avons fait ce film pour vous effrayer ».

Une note d'intention des plus simples, qui s'avéra plus que réussi.

 


 

Ángela (Manuela Velasco) est une journaliste travaillant pour une petite chaîne tv locale.

Suivi de son cameraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit, et dans le cas présent, celui des pompiers.

Son reportage se passe paisiblement, jusqu'au coup de fil d'une vieille dame réclamant du secours.

Une fois sur place, les voisins les avertissent des cris entendus dérrière la porte de la vieillarde.

Un postulat de base bien mystérieux, qui ne laisse pas présager de l'atrocité de ce qui va suivre.

Balagueró laisse tomber ses histoires de fantômes ronflantes, et nous livre ici une variation diablement efficace du film de zombies, qui aurait pu être une excellente introduction à 28 jours plus tard.

On en dira pas plus sur les ressorts du scénario, afin de vous laisser la surprise, ô combien essentielle, en salles.

Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que les deux réals maîtrisent leur sujet.

Le décor se résume ici à un immeuble dont les protagonistes ne peuvent sortir. Ce huis-clos permet à Balagueró et Plaza de montrer leur ingéniosité en terme de mise en scène.

C'est simple, à partir de l'entrée dans l'édifice, on croit voir un long plan séquence, que seuls une ou deux circonstances justifiées viennent couper.

Car contrairement au récent Cloverfield, train fantôme dont les rails sont clairement visibles, [Rec] use de son concept de manière totalement réfléchi. Le spectacle prime mais ne tente pas d'abuser son spectateur.

Le découpage quasi invisible du film se combine à des actions relativement logiques des protagonistes.

Ces derniers sont interprêtés avec un tel brio, que leur univers devient immédiatement crédible.

Un point important à souligner tant le concept joue sur l'immersion du spectateur, qui se doit d'imaginer être lui-même un acteur de l'histoire, afin d'en ressentir les effets.

Nous n'échappons pas à la caricature de certains personnages, dont l'héroïne, petite peste arriviste profitant du drame pour en faire le scoop qui lui ouvrira les portes du succès. Ou encore une gallerie de seconds couteaux comiques, comme un gardien d'immeuble un brin précieux, des émigrés chinois, ou un couple de retraîtés séniles et racistes.

La présence de ces éléments humoristiques ne vient cependant jamais parasiter l'ambiance tendu, élément le plus réussi du film.

 

 

 

Pour ce qui est de faire peur, les ibériques sont champions.

Usant de techniques pourtant bien connues des afficionados de l'horreur, tels la suggestion, l'obscurité, le resserement de l'espace entraînant la claustrophobie, et bien sûr la surprise, les compères arrivent grâce à leur traîtement à faire hurler les plus aguerris.

Le plus surprenant étant que le spectateur devine à l'avance ce qu'on lui réserve, mais devant l'efficacité des attaques concrètes, ne peut s'empêcher de redouter leurs apparitions. Le suspense et la surprise s'enchaînent sans temps mort, nous laissant sur les rotules.

On se surprendra même à serrer fort les accoudoirs et à traîter mentalement de noms d'oiseaux les deux responsables de cette peur que l'on n'avait pas connu depuis très longtemps.

Le film est court mais semble durer une éternité pour nos nerfs. L'action rebondit à chaque amorce de baisse de régime, pour déboucher sur une dernière demi-heure éprouvante qui risque de marquer bien des esprit.

Cerise sur le gateau, le final nous montre une créature originale superbement mise en scène, qui nous renvoie à nos peurs enfantines, et ferait passer celle de Fragile pour un personnage de Disney.

 


Il n'y a pas de secret, si le film est aussi efficace, c'est grâce à ses auteurs qui ne se sont pas reposés sur le concept, mais l'ont bel et bien pensé en terme de mise en scène.

Cependant, malgré le coup brillant porté par Balagueró et Plaza, nous sommes en droit de douter de la viabilité de cette mode de la caméra au poing.

Les scénarios, même si très efficace dans le cas présent, manquent pour l'instant d'originalité, et il est fort possible que le genre tourne rapidement en rond, s'il ne se renouvelle pas rapidement de ce coté-là.

En attendant cette éventuelle révolution, nous irons savourer la succulente mise en bouche qu'est [Rec] au cinéma dès le 23 avril prochain.

Un film qui aurait mérité le Grand Prix de Gérardmer à la place de son confrère ibérique L'Orphelinat, mais l'on se consolera en sachant que le film aura droit à une sortie en salles, contrairement au précédent film de Balagueró, Fragile, distribué directement en dvd malgré ses multiples récompenses.

Il est également dommage de voir les américains annihiler, une nouvelle fois, les chances de reconnaissance d'un film de genre européen auprès du grand public. Leur remake qui sort cette année, sera sans doute plus connu par chez nous que l'original.

Ne faîtes pas l'erreur, plebisciter ce nouveau fleuron du cinéma ibérique, vous ne le regretterez pas.

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