Je me suis rendu compte récemment que certains clichés persistaient encore quant à l'univers du Batman, donc je vais encore jouer mon fanboy.
Afin de mieux vous faire comprendre qu'il n'existe pas qu'une vision valable du personnage, mais d'innombrables variations, voici un petit topo sur les changements les plus marquants.
Cela peut sembler hors propos sur un site consacré au cinéma, mais je pense que cela permettra à certains de mieux connaître les influences des films de Burton, Schumacher et Nolan.
1-Batman Prime (1939-1940)

Le Batman apparu dans Detective Comics # 27 était très différent de ce que nous connaissons aujourd’hui : à commencer par la cape, qui portait une armature rigide et qui avait bel et bien l’allure d’ailes de chauves-souris.
Quant au costume,il était gris et noir,sans le moindre accessoire jaune ou bleu.
Mais la différence n’était pas que cosmétique .
Le Batman de l’an I était beaucoup plus terre-à-terre que ses incarnations suivantes : pas de bat-gadgets en dehors d’une corde lui servant à se balancer du haut des toits.
Pas encore de Robin mais aussi pas encore la longue liste d’adversaires colorés.
A l’époque, il se coltinait surtout des gangsters
et portait à la hanche un revolver (dont il ne se servira
qu’une fois pour tuer un ennemi, avant que DC ne
décide de supprimer l’usage de cette arme).
Bruce Wayne aussi était différent : clairement
dépeint comme un riche bourgeois de Gotham, rien ne laissait
apparaître le statut de milliardaire qu’on lui
attribuera plus tard.
Quelque part, ce Batman original était plus proche du Punisher que de l’homme chauve-souris tel qu’on le connaît actuellement.
2-Batman Classique (1940-1954)

DC décidant de rendre son héros plus commercial, le Batman Prime cèdera la place à un profil plus classique lors de deux épisodes parus à quelques jours d’intervalle :Detective Comics #38 voit l’apparition de Robin,qui transforme l’alchimie de la série.
De héros solitaire et nocturne, le Batman gris devient le mentor d’un adolescent au costume criard.
On pourrait presque dire que c’est l’apparition de
la couleur dans Batman : sa propre tenue commence à se
teinter de bleu, augmentée d’une ceinture
dorée.
Batman #1 :le lancement de la seconde série mensuelle marque
l’arrivée en masse d’ennemis eux aussi plus
pittoresques .
Finie l’époque des gangsters sans envergure,
arrivent le Joker, The Cat (pas encore appellée Catwoman),
etc…
Dans la foulée, Batmobile, Batplane, Batboat et autres
Batmobilettes renforcent le folklore de Batman.
C’est seulement à ce moment, pour expliquer la
provenance de ces onéreux gadgets qu’on décrit
la fortune de Wayne comme étant colossale.
Batman trouve alors son rythme de croisière.
Le scénariste Bill Finger établit aussi un thème qui sera récurrent pendant un bonne partie de la série (mais moins de nos jours) : le gigantisme.
Il aime à placer l’intrigue dans des expositions d’objets géants, ce qui fera qu’à l’occasion Batman combattra le Joker sur les touches d’un machine à écrire gigantesque, que Double-Face essayera de l’écraser avec une pièce de monnaie géante, etc…
3-Batman Fluo (1955-1965) :

A la fin des années 50, Batman essaye de se renouveler :l’éditeur,inspiré par World’s Finest, où Superman et Batman se mettent à travailler en tandem, décide alors de « supermaniser » Batman en y pratiquant les mêmes recettes.
Dans une dérive hallucinante, le héros se met alors à rencontrer des extraterrestres plus tartes les uns que les autres ou à subir des métamorphoses incroyables.
Cest l’époque désopilante des épisodes où Batman sera obligé,par exemple,de porter des costumes de toutes les couleurs (genre jaune fluo ou rose) pour résoudre des cas spécifiques.
Cette déviance se poursuivra jusque dans les 60’s, où elle culminera avec un nouveau logo, en avril 1964 :la chauve-souris noire trônait jusqu’ici seule sur le torse du héros.
Elle sera désormais entourée d’un ovale jaune,donnant naissance au logo moderne, le tout porté au paroxysme par la série TV des 60’s, elle-même aussi kitsh (mais qui nous épargnera les extraterrestres mongoloïdes, sans doute par manque de budget pour des effets spéciaux.)
4-Batman Intermédiaire (1966-1984) :

Les années suivantes, Batman revient vers un juste milieu.
DC est en effet soucieux, une fois la série TV arrêtée, de ne pas voir son héros sombrer avec, et essaye de le distancier du ton kitsh qu’on pouvait y voir.
Du coup, Robin prend un rôle un peu distant et cesse
d’apparaître dans tous les épisodes. Batman
redevient un peu plus détective et moins bouffon.
Au niveau du costume, une subtile mutation intervient : sous
l’impulsion de dessinateurs comme Neil Adams ou Marshall
Rogers, les oreilles de la cagoule s’allongent.
Le dessinateur symbole de cette période reste cependant
Jim Aparo (apprécié par certains,
considéré comme un tâcheron par d’autres)
qui, par sa régularité, fixera l’image du
personnage.
Batman cesse de croiser des aliens ridicules pour retrouver des
ennemis plus sérieux.
C’est aussi la fin du manichéisme dans l’univers batmanien.
Auparavant,des gens comme le Joker étaient combattus sans qu’on se pose de questions : dans les 70’s, au contraire, Catwoman est réhabilitée et faillit même devenir la partenaire attitrée du héros.
De nouveaux adversaires,comme le tragique Clayface (condamné par ses pouvoirs à tuer tous les gens qu’il touche) sont aussi pathétiques que dangereux.
De plus,on assiste à une explosion de la Bat family puisqu’une série sort carrément sous ce titre, proposant des aventures de Robin, Batgirl II, Huntress ou Man-Bat.
Le début des 80’s marque l’arrivée d’un nouveau Robin, Jason Todd (le premier étant devenu Nightwing).
5-Batman Dark (1985-1994) :

Avec « Batman :Dark Knight Returns », Frank Miller frappera un grand coup, encore aujourd’hui indirectement ressenti : dans le futur, un Bruce Wayne vieillissant reprend son costume d’homme chauve-souris et doit affronter une société au bord de l’apocalypse.
C’est un tournant résolument plus noir, que DC,
devant le succès de la mini-série, se
dépêchera de reporter sur les séries
mensuelles.
Batman, devenu objet d’articles dans les magazines
extérieurs aux comics, attire une nouvelle vague de lecteurs
et l’arrivée de la mode du « dark n’
gritty » : héros torturés, violents, cyborgs et
ninjas se déversent alors dans l’édition
américaine.
Grisé par cette vague, Batman y sombrera d’abord sans retenue, avec de nouveaux ennemis intéressants comme Bane ou le KGBeast, qui sont juste des brutes épaisses.
Puis, une fois sacrifié Jason Todd (histoire de coller
aux prophéties vues dans Dark Knight), arrive un
troisième Robin, Tim Drake, plus malin et
indépendant.
Le fond de la vague « dark » est touché quand
Bruce Wayne est rendu infirme par Bane et obligé de
céder le rôle de Batman à Jean-Paul Valley,
alias Azrael.
Ce dernier, taré ultra-violent, s’amuse alors
à jouer les « predators » en armure dans
Gotham.
Heureusement, dans le monde des comics, on n’est pas
forcément infirme pour toujours et Bruce Wayne, pas content,
reprendra le contrôle des opérations.
6-Batman Actuel (1995- ?)

Le retour de Bruce Wayne s’accompagne d’un nouveau costume,noir, où seul l’ovale jaune apporte une touche de couleur.
C’est que Batman va avoir de quoi porter le deuil : un virus mortel va s’abattre sur Gotham, juste avant qu’un monstrueux tremblement de terre ne ravage la ville.
La mentalité du personnage devient plus intense, comme en
témoigne la crainte croissante qu’ont de lui ses
coéquipiers dans la JLA (Justice League of
America=>association des plus grands héros de
l’univers DC).
Avec la saga No Man’s Land, Batman ne devient pas plus
souriant : en l’absence d’autorité, il est
obligé de prendre les choses en main de manière
encore plus extrémiste, en créant sa propre prison,
dont il confie la gestion à deux de ses anciens ennemis,
Lock-Up et KGBeast.
Récemment, après la conclusion de la grosse saga
Infinite Crisis, Batman revient à Gotham après un
exil d'un an.
On retrouve un justicier plus proche de celui des 70's, moins "monoexpressif" et baignant dans des aventures moins glauques.

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