Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 26/05/09 10:08 / 32 articles publiés
 

Du rire aux larmes... (La Terza Madre)  posté le jeudi 31 janvier 2008 19:32

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 ans...Presque trente ans que Dario Argento a laissé en suspens sa trilogie des Mater.

Pour rappel, la trilogie des Mater, fut entamée par Suspiria, et poursuivie dans Inferno en 1980.

Dans ces films, la mort est représentée sur Terre, à la manière des trois Grâces antiques, par trois puissantes sorcières: Mater Suspiriorum (la Mère des Soupirs, apparue dans Suspiria), Mater Tenebrarum (la Mère des Ténèbres, dans Inferno) et Mater Lacrimorum (la Mère des Larmes).

 

Devant les échecs commerciaux (Argento n'a jamais explosé le box-office, de toute façon, même en Italie) et surtout critique de ses films, lors des quinze dernières années, on peut comprendre sa volonté de garder la Mater Lacrimorum comme dernière carte.

Malheureusement, après vision, la question qui se pose est: Tout ça pour ça?

 

Nous pouvons jouer au jeu des comparaisons, afin de remplir un barême des éléments qui font que La Terza Madre ne s'inscrit pas comme digne succésseur de Suspiria et Inferno.

Cela peut sembler futile, car une oeuvre cinématographique n'est pas un exercice mathématique, cependant dans le cas présent, cela permet de mettre le doigt sur des problèmes majeurs de ce ratage.

Dans les deux premiers opus, nous avions une certaine unité de lieu, avec la maison abritant le mal, qui était un personnage à part entière. (une école de danse dans Suspiria, un vieil hôtel pour Inferno)

Ici, c'est toute l'Italie, et principalement sa capitale, qui est le centre de l'action.

Vouloir montrer la puissance de la dernière Mater en élargissant le cadre géogaphique, n'est pas une mauvaise idée en soi.

Sauf qu'Argento ne se donne pas les moyens de rendre cela crédible.

La folie et le desespoir qui contaminent le pays se résume à trois péquins qui se battent dans la rue, un autre qui casse une voiture avec une batte, et une mère de famille qui jette son bébé/mannequin du haut d'un pont. Whoa!

 

 

Les personnages principaux étaient des apprentis artistes confrontés au surnaturel de manière brutale.

L'héroîne jouée par Asia Argento, Sarah, travaille effectivement dans un musée d'archéologie.

Mais elle ne reste pas longtemps étrangère au fantastique, elle-même ayant reçu des pouvoirs magiques de sa défunte mère.

Ce qui nous amène à des scènes improbables, où Sarah devient invisible pour échapper à ses poursuivants. Argento insistant de manière poussive sur le fait que personne ne la voit.

Au niveau des fautes de goûts, le fantôme de la mère de Sarah, interprêtée par l'ex-femme d'Argento, Daria Nicolodi, se pose là.

Non content d'en faire un personnage inutile, Argento la met en scène de manière fort laide, encombrant des passages déjà mal lotis, avant de la faire disparaître dans un CGI des plus ridicules.

 

 

Alors que les Mater Suspiriorum et Tenebrarum jouaient le jeu de l'invisibilité, jusqu'au final du film, ne faisant sentir leur présence qu'à travers les personnages secondaires et les évènements surnaturels, voire de manière iconique, la Mater Lacrimorum se paie le luxe de s'exhiber à plusieurs reprises pour pas grand chose.

Affublée d'une tunique magique (sigh) ras la moule, qu'elle ne met que lors des incantations, afin de montrer son jolie corps dénudée le plus souvent possible, cette Mater fait plus rire que peur.

Comble du comble, Argento a réussi l'exploit d'enlaidir son interprête, la top model israelienne Moran Atias, pourtant l'une des plus belles femmes au monde.

 

 

Venons en aux personnages secondaires, qui apportaient énormément à l'ambiance malsaine des précédents films, de par leur physique et leurs comportements troublants, voire carrément manipulateurs et négatifs.

Au milieu des flics incompétents et des évèques souffreteux, la bande de second couteaux aux ordres de la sorcière suprème est composée de crânes chauves aux allures de vigiles, et de sorcières gotho-poufs.

Ces dernières montrant leur incroyable cruauté, en ricanant hystériquement et en tirant la langue aux gens leurs demandant des indications dans une gare. So evil...

Et encore, je ne parlerai pas du singe démoniaque.

 

 

Passons à ce qui fache le plus, la partie technique.

Si Inferno et surtout Suspiria ont marqué à l'époque, c'était par leur atmosphère incroyable née d'une ingénieuse fusion de jeux de lumières surréalistes et de musiques angoissantes.

Argento retrouve ici Frederic Fasano et Claudio Simonetti.

Le premier avait signé les lumières du tvfilm derrickien d'Argento, Vous aimez Hitchcock? ainsi que le premier film d'Asia, Scarlet Diva.

Pas de surprise, le film est terne comme n'importe quel film rital actuel. Aucune identité visuelle ne ressort de son travail.

De quoi creuser encore plus le fossé avec les deux premiers opus, et annihiler toute ambiance.

Le deuxième n'est autre qu'un ancien membre du groupe Goblin, qui a signé la bande son d'une grande partie des films d'Argento, y compris Suspiria, Profondo Rosso et Ténèbres.

A croire que la fatigue se fait sentir pour tous, puisqu'aucun thème ne s'avère marquant.

Les meilleures partitions échouent à nous effrayer, de par le ridicule des scènes qu'elles illustrent.

On nous ressort des murmures de temps à autre, histoire de nous rappeller le film qu'on est sensé avoir sous les yeux.

 

 

S'il y a une chose qu'on ne peut retirer à Argento, c'est de savoir filmer les scènes de meurtre, grâce à sa maîtrise du giallo.

Au début du film, on y croit. La séquence du premier meutre est même bien foutu et efficace, de quoi avoir confiance pour la suite.

Malgré un abus au niveau du gore, on y retrouve toutes les caractéristiques d'une mise en scène giallesque. Des tueurs dissimulés dans la pénombre, une arme blanche tranchant en gros plan dans la chair, les yeux de la victime appeurée cherchant l'agresseur,etc...

Dommage qu'Argento se laisse aller, ensuite, à une barbarerie injustifiée et vaine, sans travail de mise en scène.

Certes, c'est du gore old school qui fait plaisir, mais sans conséquence pour l'émotion et la mémoire du spectateur.

Du gore pour du gore, ça ne sert à rien.

 

 

Bref, Argento se plante sur toute la ligne avec La Terza Madre. Un scénario crétin (dire qu'il a commencé sa carrière en signant celui d'Once upon a time in the West), des acteurs en roue libre, une réalisation pataude et sans saveur, voilà ce qui nous attend pour la conclusion de la trilogie des Mater.

Le plan final résume parfaitement l'état d'esprit de l'italien en faisant ce film:

Les deux rescapés riant débilement dans un décor d'une immondice rare, comme si Argento se foutait de notre gueule, conscient de la nazitude de son film.

La Terza Madre n'est ni un bon Argento ni un bon film.

On était déjà prévenu de sa déchéance artistique avec ses précédents long-métrages, mais ses sympathiques épisodes de Masters of Horror avaient eu pour effet de me donner espoir quant à un possible retour en force.

La douche est glaciale, et ça fait très mal d'enterrer un deuxième réalisateur culte, après George Romero (quoique celui-ci n'a fait qu'une seule grosse faute, donc rien n'est encore perdu), en seulement quelques jours.

On oubliera ces quinze dernières années pour ne garder que la période où Argento savait encore faire du cinéma, et on suivra la carrière de son élève, Michele Soavi, qui lui a toujours la forme.

Tchao, l'artiste!

 

 

 

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Tous les commentaires de l'article:
Du rire aux larmes... (La Terza Madre)

  • Michael mailto

    sam 26 jui 2008 18:29

    Je ne partage pas cette critique le film est plutot pas mal dans l'ensemble. Ce film n'est surement pas un ratage comme vous dites mêmesi c'est loins d'etre le meilleur d'Argento c'est quand meme du pure Argento moins dans la couleur primaire que suspiria, mais ça ne fonctionnerait pas maintenant.On retrouve quand meme la continuité avec Suspiria et Inferno, il n'est pas si Gore que vous le dite. Sur notre Dario vénéré balance quelques scenes d'une cruauté assez rare, mais c'est un film d'horreur, il me semble et Dario est quand-même un peu dérangé (dieu-merci)...Et le score de Claudio Simonetti à un vrais theme recurrent que je trouve plutçot pas mal..D'ailleur il est sur le site myspace de son groupe Daemonia...Enfin bref je vous trouve un peu dur...Pour ma part j'ai pris du plaisir à voir ce film...Et Dario Lives !!!

  • mlem@udit

    ven 04 jui 2008 12:57

    entierement d'accord avec la critique ci-dessus. Ce film est à pleurer tout court....cette Mater est la mere de la honte pour Argento.

  • Julien

    sam 26 avr 2008 01:31

    Tu l'enterres trop vite l'ami ! C'est dommage ! Moi je crois en son talent !

  • Guillaume

    mar 12 fév 2008 19:30

    Argento a pourtant été l'un des rares cinéastes italiens à performer régulièrement au box office de son pays,à de rares échecs près ("le cinque giornate","trauma" et "le fantôme de l'opéra")
    Sinon,j'ai plutôt apprécié son dernier long pour ma part,même si l'utilisation des quelques CGI n'est pas vraiment plus concluante que dans "Stendhal" ou "Fantôme"...