Qu'il est dur de se remettre d'une semaine passée dans les Vosges, en compagnie de joyeux compagnons, à se matter moultes nanars dans un chalet et participer à un festival du film fantastique de grand cru.
A l'occasion du 15ème anniversaire, on peut dire que les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands.
Adios le sous gratin showbiz francophone, welcome à un véritable jury composé de grands noms du milieu, présidé par Mr Stuart Gordon.
De plus, la programmation rattrape l'injure de la précédente édition, en proposant des films de qualité variable, mais qui reste au moins intéréssants.
Voici donc un petit topo sur les films vus dans les salles obscures géromoises.

STUCK de Stuart Gordon
Une jeune femme renverse un homme
dans la rue. Encore vivant, il reste coincé dans son
pare-brise…Par peur de s’attirer des ennuis, elle
l’enferme dans son garage…
La carrière de Stuart Gordon a toujours été principalement marqué par des hommages à H.P. Lovecraft, dont le culte Re-Animator se pose en étendard.
Cependant depuis 2003, il semble vouloir changer radicalement de registre, en signant King of the ants, Edmond et maintenant Stuck, que l'on pourrait qualifier de drames sociaux.
Opposant une jeune infirmière (Mena Suvari) en pleine ascension à un homme (Stephen Rea) qui a tout perdu sauf son instinct de survie, Gordon critique l'égoïsme et l'avidité de notre société, à grands coups d'humour noire, de gore et de suspens.
Si l'on peut trouver le réalisateur encore un brin naïf dans son message, on ne peut pas lui reprocher de péter plus haut que son cul.
Un bon petit film prenant et qui transpire des convictions de son auteur.
A savoir si Gordon a fait un aparté avec cette trilogie ou s'il reviendra dans cette voie après le très attendu House of Re-Animator.

EPITATH de Jung Bum-Sik & Jung
Sik
En 1979, le Dr. Park reçoit
un vieil album de photographies des années 40. Ses parents
l’obligèrent alors à se marier à une
jeune fille qu’il ne connaissait pas, mais il tomba amoureux
d’un cadavre qui s’avéra être celui de sa
promise. Au même moment, une petite fille victime d’un
accident de voiture mortel, arrive à l’hôpital
sans aucune blessure et est toutes les nuits hantée par des
fantômes…
Le piège était clairement visible. Encore une histoire de fantômes aux cheveux sales venue d'Asie, qui avait tout pour m'endormir.
Poussé par une curiosité inexpliquable, je suis allé voir le bouzin...
Le résultat fut encore pire que prévu. Un film qui semble durer trois heures et qui perd le spectateur dans son scénario éclaté.
Certes, l'esthétique est là comme souvent dans ce genre de production, mais l'originalité est encore une fois passé à la trappe.
L'ennui se fait vite ressentir pour se transformer en agacement viscéral. On ne s'intéresse plus à l'histoire, on prie pour que le générique de fin arrive.
Bref, vivement que cette mode disparaisse tant cela tourne en rond. En attendant, ce serait bien d'éviter de nous refourguer les fonds de panier, tant qu'à faire.

TEETH de Mitchell
Lichtenstein
Dawn est une adolescente qui
essaie tant bien que mal de contenir sa sexualité naissante
en étant une des membres les plus actives du club de
chasteté de son lycée. Etrangère à son
propre corps, la prude Dawn découvre que son vagin a la
particularité d’avoir des dents...
Un concept des plus prometteurs, pouvant donner une comédie trash ou une métaphore sérieuse sur la sexualité et ce qui en découle.
Malheureusement, le film tente de faire plaisir à tout le monde en mixant les deux, et en devient bancale.
Si les passages comiques sont plus ou moins réussis, le côté dramatique peine à convaincre, à cause de personnages parfois mal esquissés et d'une mise en scène sans grande saveur.
De bonnes idées mal exploitées, dont la fin qui aurait mérité de prendre la place d'une grande partie du film.
Sympathique, mais un peu trop moyen pour rester dans les mémoires.

LE ROI DE LA MONTAGNE ( El Rey
de lla Montana ) de Gonzalo López-Gallego
Quim roule dans une région
isolée en suivant une route sinueuse et se perd. En essayant
de se repérer, il est soudain la cible de tirs en provenance
de la montagne. Alors qu’il tente d’échapper aux
projectiles, il rencontre une jeune femme qui semble perdue et vit
apparemment le même cauchemar que lui. Méfiants
l’un envers l’autre, ils décident
néanmoins d’unir leurs forces pour quitter cette
forêt hostile, glaciale et semer leurs
poursuivants…
Le premier adjectif qui me vient en pensant à ce film est "surprenant".
Tout commence par un survival des plus banals, bien que très bien ficelé et prenant dans de superbes décors alpins.
Au bout d'une heure, alors que l'on commence à perdre son attention, pensant avoir deviné la suite des événements, un élément vient tout remettre en question, changeant par là même le point de vue et le sens moral du film.
La dernière demi-heure est un grand moment de cinéma (si,si, j'ose) qui m'a fait subir un choc émotionnel des plus rares.
Se faire avoir par un film peut être désagréable, ici c'est le cas, mais pour une bonne raison.
Un film coup de boule qui fait réfléchir qui plus est. Gonzalo López-Gallego n'a plus qu'à confirmer son talent, et rejoindre les autres petits génies ibériques.

FRONTIERE(S) de Xavier
Gens
Alors que l'extrême droite
est sur le point d’arriver au pouvoir, de jeunes banlieusards
commettent un braquage. Poursuivis par des flics hargneux, les
membres de la bande dépassent la « frontière
» de leur propre violence. Ils s’enfuient en voiture et
débarquent dans une auberge perdue en pleine
forêt…
De prime abord, le film fait peur mais pas de la manière attendue. Des acteurs bidons déversant des dialogues indigestes dans un univers d'anticipation faisant penser à du post-apo rital.
Mais quand arrive la fameuse famille de cannibales d'extrème-droite, on comprend où veut en venir Xavier Gens.
Le film n'est rien d'autre qu'un nanar volontaire. Du spectacle fun pour tout mordu de films bis.
Tout du moins, c'est ce que je pense, car si la volonté de Gens était de faire un film malsain avec un message politique fort, c'est loupé sur toute la ligne.
On s'éclate à voir des meurtres bien dégueulasses, des persos caricaturaux à outrance (mention au père de famille nazi), et une réalisation impressionnante.
La joyeuse équipe du film était venu présenter leur bébé, et je persiste à dire que Samuel Le Bihan joue mal la vie.
Si son jeu fonctionne dans Frontière(s) grâce au côté comique du perso, dans la vraie vie c'est abominable.
Ma théorie est que Le Bihan est une entité extra-terrestre qui tente de s'intégrer à notre monde, en imitant ses congénères.
Bref, pour revenir au film, c'est le Massacre à la tronçonneuse 2 (de Hooper, je précise) français.
Que l'on suive l'exemple de Frontière(s), car si en France on est pas capable de faire des films d'horreur "sérieux", autant tenter la bisserie.

CLOVERFIELD de Matt
Reeves
Alors que cinq jeunes New-yorkais
organisent une soirée pour le départ d'un de leurs
amis, un monstre de la taille d’un gratte-ciel envahit
Manhattan... Caméra au poing, ils nous livrent
l’unique témoignage de la lutte sans merci
qu’ils vont mener pour leur survie.
Un film attendu et qui ne déçoit pas, ça fait du bien par les temps qui courent.
Un ride d'une heure-trente qui laisse sur les rotules.
Certes, tout n'est pas parfait. Que l'on trouve le film bluffant et roublard, je comprend.
Cloverfield c'est un train fantôme dont on voit constamment les rails.
Il suffit de ranger son esprit critique un instant, et monter à bord de l'attraction, pour vivre une super expérience de désastre gigantesque à vue d'homme.
Du bon gros divertissement, impressionnant et surprenant.
On sort avec le sourire, et on a qu'une envie: retourner le voir.

[REC] de Paco Plaza & Jaume
Balaguero
Angela est journaliste pour une
télévision locale. Accompagnée de son
caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent
la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit
est calme jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui
réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et
découvre en arrivant sur place des voisins très
inquiets. D’horribles cris ont été entendus
dans l’appartement de la vieille dame…
Heureusement que je n'ai pas vu Cloverfield après ce film.
Des vidéos montrant la réaction du public de [REC] traînent en ce moment sur le net, sachez qu'elles ne sont pas truqués.
J'ai beau être un fan de films d'horreur, très rares sont ceux qui m'ont effrayé.
[REC] fait indéniablement parti de ceux-là.
Contrairement à Cloverfield, l'utilisation de la caméra-vérité est constamment justifié.
Les personnages sont écrits et interprêtés avec la plus grande justesse, nous immergeant encore plus dans l'action du film.
La réalisation est minutieusement pensé, à tel point que l'on semble voir un plan séquence d'une heure et demi.
La peur tient autant de la surprise que du du suspense. On sait ce que nous prépare le duo Plaza/Balaguero, mais pas quand cela va nous arriver en pleine face.
La claustrophobie du lieu et les conditions dans lesquelles se passent les séquences de flippe jouent également grandement dans la peur ressentie.
La dernière demi-heure est une torture sans temps mort, qui m'a fait griffer mes accoudoirs.
Bref, à déconseiller aux cardiaques.
Le meilleur film de Gérardmer, sans aucun doute. En espérant qu'il ne finisse pas en direct-to-dvd comme le fut Fragile, tant il se doit d'être vu en salles.

SHROOMS de Paddy
Breathnach
Un groupe d’amis part faire
du camping dans la forêt irlandaise. Après avoir
goûté des champignons hallucinogènes, ils se
mettent à voir des créatures étranges et
effrayantes dans les bois. Mais ils se rendent vite compte
qu’il ne s’agit pas uniquement
d’hallucinations…
Ce que j'espérais être le Las Vegas Parano du film d'horreur s'avéra n'être qu'un slasher quelconque de plus.
La première séquence d'hallucinations était pourtant prometteuse, avec sa vache parlante.
Malheureusement, le scénar se montre paresseux et indigeste, comme la réal, et les règles du slasher reprennent vite la barre.
Voir des personnages agaçants se faire trucider en hors-champ, non merci.
Comble de tout, on prend le spectateur pour un con en lui infligeant un twist bidon, qui a don d'énerver et de balayer les réserves que l'on pouvait encore émettre.
A éviter.

DIARY OF THE DEAD de George A.
Romero
Des étudiants en
cinéma tournent, dans une forêt, un film
d’horreur à petit budget lorsque, partout dans le
pays, on signale des cas de morts revenant à la vie.
Témoins de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent
alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les
horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés
afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a
changé…
Devancé par une mauvaise réputation, Dieu seul sait à quel point je continuais à croire en ce film.
Je désirais à tout prix aimer ce nouveau Romero.
Mes efforts ne furent pas suffisants et la décéption n'en est que plus grande.
Faire fi du traîtement raté du concept de la caméra-vérité (avec Cloverfield et [REC], on peut dire que c'est la nouvelle mode), je veux bien.
Par contre, excusez des personnages insipides, voire carrément hors-propos, en la présence d'un prof de ciné, se prenant pour un guerrier shakespearien, un message sur l'information intéressant mais terriblement poussif et lourdingue, et surtout une non-iconisation des zombies de la part de Romero, désolé mais ce n'est pas possible.
Je n'ai même pas su comment prendre le film. C'est sensé être une comédie?
Des passages comme celui de l'hamish sourd-muet (qui m'a bien fait rire), aurait tendance à me faire dire que Romero se paye un délire mérité après quarante ans de service.
Mais le reste du film est trop glauque pour accepter cette hypothèse.
Bref, ce film aurait pu être réalisé par n'importe quel gus, et fait peur concernant l'avenir de Romero.

JOSHUA de George
Ratliff
Brad et Abby représentent
le couple parfait vivant à Manhattan. Avec la venue
d’un second enfant, leur fils de neuf ans Joshua se sent
exclu du cercle familial. Ce n’est pas un enfant comme les
autres : doué pour la musique, intelligent, il est aussi
excentrique et manipulateur. Une succession
d’événements tragiques va permettre au couple
de leur révéler la vraie personnalité de leur
fils aîné…
Un film qui s'est trompé de festival. Joshua n'est pas un film fantastique, mais un drame psychologique, ce qui ne l'empêche pas d'être réussi.
Sam Rockwell et Vera Farmiga font éclater leur talent en interprêtant des parents en pleine crise.
Le jeune Jacob Kogan joue tout en retenu un enfant à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession, alors qu'il détruit la cellule familliale dans le dos de tout le monde.
Assez plan-plan au niveau de la réal, mais cela reste assez efficace pour que l'on s'intéresse au déroulement de l'histoire.
L'ambiance se fait de plus en plus inquiétante, et les relations entre les personnages devient gravement tendu, apportant une fin des plus pessimistes.
Un bon petit film que je suis content d'avoir découvert, malgré son hors-sujet.

L'ORPHELINAT ( El Orfanato ) de
Juan Antonio Bayona
Laura a passé les plus
belles années de son enfance dans un orphelinat. Trente ans
plus tard, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de
sept ans, avec l’intention de restaurer l’orphelinat
abandonné et d’en faire un foyer pour enfants
handicapés. Alors que le jour d’ouverture du nouveau
foyer approche, la tension monte. Laura est intimement convaincue
qu’un mystère longtemps refoulé est tapi dans
la vieille maison…
Guillermo Del Toro présente le carton de l'année en Espagne, qui remporte des prix un peu partout dans le monde, et même à Gérardmer.
Rien à redire sur la réalisation, les acteurs, la musique, etc... Mais pourtant, j'ai un gros problème avec ce film.
A aucun moment, je n'arrive à rentrer dedans.
Peut-être cela est-ce dù au trop plein de références aux classiques du film d'épouvante, tels La maison du diable, Les innocents, Poltergeist, Les autres, etc... et que l'histoire me fait penser à The Dark.
Un manque d'originalité qui me fait sortir du film.
Toutefois, pour un premier film c'est largement saluable. C'est beau, bien joué, bourré d'émotions même si je n'arrive pas être touché.
Bref, l'élève n'est pas encore au niveau du maître (Del Toro) mais c'est prometteur.
L'impasse sur certains films fut volontaire ou regrettable, à cause du départ le dimanche matin pour Paname.
Mais d'après les échos, je n'ai rien loupé. Voici les résultats du jury:
GRAND PRIX Longs Métrages - BEST FILM
L'ORPHELINAT (El Orfanato)
de Juan Antonio Bayona
PRIX DU JURY ex-aequo - JURY PRIZE ex-aequo
REC de Jaume Balaguero & Paco Plaza
TEETH de Mitchell Lichtenstein
PRIX DE LA CRITIQUE - CRITIC’S PRIZE
DIARY OF THE DEAD de George A. Romero
PRIX DU JURY JEUNES de la région Lorraine -
STUDENT’S PRIZE
REC de Jaume Balaguero & Paco Plaza
PRIX DU PUBLIC - L'Est Républicain & La
Liberté de l'Est - AUDIENCE AWARD
REC de Jaume Balaguero & Paco Plaza
PRIX DU JURY SCI FI - SCI FI JURY PRIZE
L'ORPHELINAT (El Orfanato) de Juan Antonio Bayona
GRAND PRIX Courts Métrages - BEST SHORT
FILM
DANS LEUR PEAU de Arnaud Malherbe
PRIX DU MEILLEUR INÉDIT VIDEO - BEST "DIRECT" TO
VIDEO FILM (parrainé par Mad Movies)
DETOUR MORTEL 2 de Joe Lynch

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