Pauvre Tim Burton. Bien que ses films marchent toujours autant au box-office, il s'est vu perdre une bonne partie de ses anciens fans depuis presque dix ans, ces derniers jugeant qu'il reniait ses thèmes au profit d'un cynisme hollywoodien.
Pourtant, il a seulement évolué et tenter de faire autre chose que l'univers gothique qu'on lui a étiquetté, à défaut, depuis le premier Batman, et définitivement encré grâce à (à cause de) The Nightmare Before Christmas (qu'il produit et scénarise seulement. C'est le mesestimé Henry Sellick qui l'a réalisé, je rappelle)
Cette image d'épinal, il nous la ressort à chaque faux bond niveau box office ou critique.
Après le simili four Mars Attacks!, Sleepy Hollow vient remettre la confiance dans le coeur de tout ceux qui savent comment un Burton doit être.
Big Fish et Charlie et la Chocolaterie sont gnan-gnan? Vite, un Corpse Bride pour y remédier. Sauf que le resucé du chef d'oeuvre de Sellick ne convainc pas.
Nous revoilà donc encore une fois avec une tentative de plaire à tout le monde.
Sans remettre en considération les qualités des films pré-cités, il est fort dommage de voir Burton s'enfermer dans ce carcan.
Prenez la totalité de sa filmographie, et vous verrez bien que la majorité de ses films sont des comédies/drames fantastiques (je considère Ed Wood comme un film fantastique, pour diverses raisons) dénués de cet aspect "gothique", avec toutefois un univers délirant et des touches de macabre.
Et quand bien même, ne peut donc t'il pas se permettre autre chose sans que l'on crie à la trahison et au reniement?
Si je parle de ça, c'est pour présenter son nouveau film Sweeney Todd, adapté de la comédie musicale de Broadway du même nom.
Afin de rassurer ceux qui ont pris peur à cause du titre de l'article, je le dis tout de suite, le film est une réussite.
Burton signe clairement son film le plus glauque et nihiliste.
Le Londres dans lequel les personnages évoluent est un enfer monochrome peuplé par des êtres tenant plus du rapace que de l'être humain.
Une sorte de vision déformé de la capitale anglaise par la haine que lui vaut son nouvel habitant, Sweeney Todd.
La photo du film aide grandement à l'atmosphère crasse, jouant sur les ombres et baignant les décors dans une échelle de gris, noir/marron.
Les acteurs sont au diapason, Depp et Bonham Carter en tête. Ces derniers forment un couple surprenant, et c'est même la première fois que je trouve la femme de Burton convainquante dans un de ses films.
Dommage que les toujours excellents Alan Rickman et Sacha Baron Cohen n'aient pas plus de temps à l'écran, mais bon scénario oblige...
Chacun se met pour l'occasion à la chansonnette avec plus ou moins de réussite.
Ayant écouté en boucle pendant des mois la comédie musicale originale, j'avais quelques craintes concernant l'adaptation.
Malgré une petite déception dùe à l'interprétation de certaines des chansons, les voir s'inscrire dans une narration visuelle, est un vrai bonheur.
Cependant, le trop plein de chansons frise l'indigestion. On est pas loin des "Parapluies de Cherbourg" par moments.
Cela est sans doute dù à au raccourcissement du temps de la pièce.
Pour pouvoir placer le maximum de chansons majeures, qui servent la narration je le rappelle, il n'y a plus de place pour une pause non-musicale.
J'ai beau adorer la comédie musicale, j'en viens à me dire que le mieux aurait été de virer quelques titres de plus.
Burton laisse de côté son humour habituel, profitant du peu d'humour noir que lui propose la pièce, et décide d'aller dans une direction plus proche de Sleepy Hollow, au niveau de la violence graphique.
Les meurtres au rasoir sont montrés face caméra, le sang gicle à outrance, les cadavres s'empilent à la chaîne, le tout sur des chansons décalées.
S'il y a deshumanisation de Sweeney Todd, ses morts ne sont pas pour autant gratuite, mais servent un dessein qui matérialise le thème du film, à savoir que l'homme est un loup pour l'homme, que les plus forts mangent les plus petits.
Tous les personnages sont obsédés par la convoitise, qu'elle soit d'ordre sexuelle, amoureuse, matérielle, et surtout vengeresse.
L'influence théatrale se sent à ce niveau-là.
On est pas loin du drame Shakespearien avec ces personnages liés les uns aux autres, s'entretuant allégrement pour arriver à leurs fins ou venger la mort des autres, laissant la pièce jonchée de cadavres, sans aucun survivant.
La fin de Sweeney Todd confirme avec maestro la parenté.
En conclusion, Sweeney Todd est un excellent film, non dénué de menus défauts.
Mais quand je lis un peu partout que Burton est enfin de retour, je ris jaune.
Personnellement, il n'était jamais parti, et je trouve ça triste que ce dernier film soit plus acclamé que ses derniers films plus personnels, sous prétexte qu'il y ait du sang et de la noirceur, et qu'on considère cela comme un retour aux sources.
C'est certain qu'on revient aux sources...Pee Wee's Big Adventure et Beetlejuice étaient les films les plus dark qui soit...
Enfin bref, du bon Burton comme à l'acoutumée, mais j'espère ne plus revoir le spectre de Mr Jack la prochaine fois.
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