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Un Burton barbant?  posté le jeudi 17 janvier 2008 13:36

Pauvre Tim Burton. Bien que ses films marchent toujours autant au box-office, il s'est vu perdre une bonne partie de ses anciens fans depuis presque dix ans, ces derniers jugeant qu'il reniait ses thèmes au profit d'un cynisme hollywoodien.

Pourtant, il a seulement évolué et tenter de faire autre chose que l'univers gothique qu'on lui a étiquetté, à défaut, depuis le premier Batman, et définitivement encré grâce à (à cause de) The Nightmare Before Christmas (qu'il produit et scénarise seulement. C'est le mesestimé Henry Sellick qui l'a réalisé, je rappelle)

Cette image d'épinal, il nous la ressort à chaque faux bond niveau box office ou critique.

Après le simili four Mars Attacks!, Sleepy Hollow vient remettre la confiance dans le coeur de tout ceux qui savent comment un Burton doit être.

Big Fish et Charlie et la Chocolaterie sont gnan-gnan? Vite, un Corpse Bride pour y remédier. Sauf que le resucé du chef d'oeuvre de Sellick ne convainc pas. 

Nous revoilà donc encore une fois avec une tentative de plaire à tout le monde.

Sans remettre en considération les qualités des films pré-cités, il est fort dommage de voir Burton s'enfermer dans ce carcan.

Prenez la totalité de sa filmographie, et vous verrez bien que la majorité de ses films sont des comédies/drames fantastiques (je considère Ed Wood comme un film fantastique, pour diverses raisons) dénués de cet aspect "gothique", avec toutefois un univers délirant et des touches de macabre.

Et quand bien même, ne peut donc t'il pas se permettre autre chose sans que l'on crie à la trahison et au reniement?

 

Si je parle de ça, c'est pour présenter son nouveau film Sweeney Todd, adapté de la comédie musicale de Broadway du même nom. 

Afin de rassurer ceux qui ont pris peur à cause du titre de l'article, je le dis tout de suite, le film est une réussite.

Burton signe clairement son film le plus glauque et nihiliste.

Le Londres dans lequel les personnages évoluent est un enfer monochrome peuplé par des êtres tenant plus du rapace que de l'être humain.

Une sorte de vision déformé de la capitale anglaise par la haine que lui vaut son nouvel habitant, Sweeney Todd.

La photo du film aide grandement à l'atmosphère crasse, jouant sur les ombres et baignant les décors dans une échelle de gris, noir/marron.

Les acteurs sont au diapason, Depp et Bonham Carter en tête. Ces derniers forment un couple surprenant, et c'est même la première fois que je trouve la femme de Burton convainquante dans un de ses films.

Dommage que les toujours excellents Alan Rickman et Sacha Baron Cohen n'aient pas plus de temps à l'écran, mais bon scénario oblige...

Chacun se met pour l'occasion à la chansonnette avec plus ou moins de réussite. 

 Ayant écouté en boucle pendant des mois la comédie musicale originale, j'avais quelques craintes concernant l'adaptation.

Malgré une petite déception dùe à l'interprétation de certaines des chansons, les voir s'inscrire dans une narration visuelle, est un vrai bonheur.

Cependant, le trop plein de chansons frise l'indigestion. On est pas loin des "Parapluies de Cherbourg" par moments.

Cela est sans doute dù à au raccourcissement du temps de la pièce.

Pour pouvoir placer le maximum de chansons majeures, qui servent la narration je le rappelle, il n'y a plus de place pour une pause non-musicale.

J'ai beau adorer la comédie musicale, j'en viens à me dire que le mieux aurait été de virer quelques titres de plus.

 

Burton laisse de côté son humour habituel, profitant du peu d'humour noir que lui propose la pièce, et décide d'aller dans une direction plus proche de Sleepy Hollow, au niveau de la violence graphique.

Les meurtres au rasoir sont montrés face caméra, le sang gicle à outrance, les cadavres s'empilent à la chaîne, le tout sur des chansons décalées.

S'il y a deshumanisation de Sweeney Todd, ses morts ne sont pas pour autant gratuite, mais servent un dessein qui matérialise le thème du film, à savoir que l'homme est un loup pour l'homme, que les plus forts mangent les plus petits. 

Tous les personnages sont obsédés par la convoitise, qu'elle soit d'ordre sexuelle, amoureuse, matérielle, et surtout vengeresse.

L'influence théatrale se sent à ce niveau-là.

On est pas loin du drame Shakespearien avec ces personnages liés les uns aux autres, s'entretuant allégrement pour arriver à leurs fins ou venger la mort des autres, laissant la pièce jonchée de cadavres, sans aucun survivant.

La fin de Sweeney Todd confirme avec maestro la parenté.

 

En conclusion, Sweeney Todd est un excellent film, non dénué de menus défauts.

Mais quand je lis un peu partout que Burton est enfin de retour, je ris jaune.

Personnellement, il n'était jamais parti, et je trouve ça triste que ce dernier film soit plus acclamé que ses derniers films plus personnels, sous prétexte qu'il y ait du sang et de la noirceur, et qu'on considère cela comme un retour aux sources.

C'est certain qu'on revient aux sources...Pee Wee's Big Adventure et Beetlejuice étaient les films les plus dark qui soit... 

Enfin bref, du bon Burton comme à l'acoutumée, mais j'espère ne plus revoir le spectre de Mr Jack la prochaine fois. 

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Tous les commentaires de l'article:
Un Burton barbant?

  • Beat Kiyoshi

    sam 19 jan 2008 12:29

    Oui c'est vrai que ce sont plus des tentatives plus ou moins heureuses de renouveau qu'une période creuse.
    Je fais d'ailleurs parti des rares personnes qui ont beaucoup aimé Big Fish, et j'ai toujours du mal à comprendre en quoi Charlie est considéré comme un beau film sur la paternité alors que le précédent m'avait beaucoup plus touché à ce niveau-là...

    Enfin vivement mercredi...

  • Winslow Leach

    ven 18 jan 2008 17:55

    Beat Kiyoshi> Je ne trouve pas que Burton ait traversé une période creuse. Il a seulement tenté autre chose.
    Et je trouve que cet "autre chose" marquait plus une renaissance de sa part, que "Sweeney Todd" qui bien qu'excellent, me fait un peu l'effet d'une régression.
    Sinon, pas de soucis pour le nom de ton blog, qui est très bon, d'ailleurs. C'est pile les comédies que j'apprécie.
    "Anchorman" et "Talladega Nights" sont des chefs d'oeuvre non sensiques.

  • Beat Kiyoshi

    ven 18 jan 2008 14:39

    Une critique qui fait plaisir à lire, j'attends celui-là avec impatience ! Si pour moi non plus Burton n'est jamais parti (seuls la Planète des Singes et Charlie m'ont déçu), il est tout de même indéniable qu'il n'était pas à son meilleur niveau depuis quelques années. Sur le net, j'ai vu beaucoup de "son meilleur film depuis Ed Wood" en parlant de Sweeney Todd, et je croise les doigts pour que ce soit vrai !

    PS : Je viens de découvrir ton blog à l'instant, j'espère donc que tu ne verras de plagiat étant donné que j'ai titré le mien "L'Antre de la Comédie"...

  • wilfrid

    ven 18 jan 2008 12:04

    il est clair que pour le duo burton deep
    j'attendais ce film avec impatience un peu comme si
    edouard avait murit et était décidé a prendre une revanche sur cette humanité qui l'a humiliée...
    personellement j'ai trouvé que big fish était une tentative de faire autre chose , qui valait en effet
    la peine d'être souligné, bien sûr que l'univers gothique
    de burton me ravie, mais il a tellement de talent que l'on
    oublie parfois la difficulté d'innover pour un public
    assoiffés de nouveautés...
    heureux avant l'heure de retrouver le burton
    que j'aime...