Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 26/05/09 10:08 / 32 articles publiés
 

La vengeance est un plat qui se mange femme.  posté le mercredi 02 janvier 2008 09:02

Au début des années 70, le cinéma d'exploitation connaît un succès fulgurant aux quatre coins du globe. Si la blaxploitation et le scandale auréolé de succès du porno "DeepThroat" reviennent souvent comme porte-étendard du mouvement, il ne faudrait pas en oublier l'implication du cinéma japonais dans l'immense productivité de ce genre de la contre-culture.

La saga des  Joshuu Sasori est un représentant parmi tant d'autres des franchises ayant connu un grand succès chez nos amis nippons, et peu connu dans nos contrées.

Néanmoins, les amateurs français ont eu la chance de découvrir la saga à travers le second épisode Elle s'appelait Scorpion, que le grand monsieur qu'est Jean-Pierre Dionnet proposa dans son cinéma de quartier.

A l'heure actuelle, il est possible de se procurer la saga complète dans un superbe coffret dvd chez Pathé vidéo.

 

Inspiré d'un manga de Tôru Shinohara, Joshuu Sasori narre les mésaventures de la pénitencière numéro 701, Nami Matsushima. Se retrouvant en prison, après s'être fait trahie par le seul homme qu'elle ait aimé, elle subira les pires tortures et humiliations sans broncher, fermantant une vengeance implacable contre ses bourreaux, tout en perdant de plus en plus son humanité au profit d'une bestialité, qui lui vaudra le surnom de Sasori (Scorpion).

 

 

"La femme Scorpion" ("Joshuu 701-gô: Sasori")-1972

 

 

Tout commence par une cérémonie visant à récompenser le directeur d'une prison pour femmes, très vite interrompue par des alarmes: deux détenus se sont échappés.

Le couple de femmes tente de fuir à travers les marais, les gardiens et leurs chiens  à leur poursuite. 

L'une d'elle est épuisée, très faible, et semble être un boulet vivant pour l'autre, qui est prête à tout pour s'en sortir, quitte à tuer un chien à main nu et tenter un combat perdu d'avance avec les matons armés.

Les bases de Sasori sont placées, c'est une femme forte, récidiviste, qui met à mal l'autorité.

On la découvre ensuite dans une cellule spéciale, insalubre, subissant les sévices des gardiens, sans qu'elle ne montre un infime signe de souffrance.

La seule expression qu'elle se permet, étant un rictus satisfait, ce qui a pour effet d'énerver encore plus ses tortionnaires.

S'ensuit un flash-back où elle nous raconte le pourquoi de sa condamnation. 

Nami était une jeune femme comme tant d'autres, pensant naîvement avoir trouvé l'amour en la personne d'un jeune policier.

Sa confiance envers lui, l'amena à accepter une mission d'infiltration chez les yakuzas.

Ces derniers, en découvrant son double jeu, se mirent à la violer, avant que son amant n'arrive pour les arrêter.

Elle découvrit alors que tout avait été prémédité, que son amour était un flic corrompu qui s'était servi d'elle depuis le début, et qu'elle avait perdu par deux fois son innoncence par sa faute.

Le ver est dans le fruit, Nami tente d'assassiner le traître mais échoue, et se retrouve donc en prison, où elle ne vit que pour une seule raison: la vengeance.

 

Ce premier épisode peut être considéré comme appartenant au genre du WIP (Women in Prison).

Néanmoins, le réalisateur Shunya Ito y apporte nombre d'éléments afin de ne pas le faire sombrer dans les codes du genre.

Ainsi, même si l'on retrouve les passages obligatoires comme les scènes de douche, les travaux forcés, les matons psychopates, ou encore l'érotisme, Ito installe une touche d'onirisme, alliant les éclairages appuyés au style théatrale.

Les passages importants du film prennent ainsi une dimension très particulière, rappellant le matériau originel, à savoir le manga.

La séquence la plus marquante à ce niveau-là, est celle où Nami se fait pourchasser dans les douches par une rivale voulant la tuer, cette dernière étant maquillée et éclairée de manière à la faire ressembler à un démon.

 

De plus, Ito joue sur la démesure des taches et chatîments que subit son héroîne.

La vie de Nami ferait passer celle d'Oliver Twist pour celle de Richie Rich.

Coups dans la tête et les parties génitales, strangulation, pendaison, brûlures, etc... Rien ne lui sera épargné.

Son supplice prend son apogée dans une séquence de travaux forcés, où elle devra creuser un trou 48h d'affilée, ne fléchissant pas contrairement à ses voisines qui pourtant ont bénéficié d'une nuit de sommeil.

Nami apparaît comme une sorte de super-héroïne, elle supporte tout et n'importe quoi et semble invincible.

 

Les personnages sont caricaturés à outrance: les méchants rient en gros plan pour n'importe quelle raison et s'allument constamment des cigares. 

Les hommes sont tous des salauds, violeurs potentiels, et sadiques en puissance, tout comme les femmes qui agissent tels des hiènes sur les plus faibles du groupe.

Ca peut faire rire les plus cyniques, les autres y trouveront un esprit cartoonesque des plus plaisants.

 

Bref, violence et nudité gratuite? Pas  tant que ça. On sent clairement un message anarchiste dans ce film, qui vient s'ajouter au féminisme de départ.

Nami, représentante martyr de toutes les femmes trahies, s'élève contre l'autorité et le système patriarcal. 

Si sa quète initiale est de se venger des deux personnes directement à l'origine de sa déchéance, elle va au fur et à mesure du film, devenir une icône, un symbole, la fusion de tous les abusés criant justice.

Sasori, c'est en quelque sorte Jésus qui ne pardonne pas. La seule loi qu'elle respecte est celle du talion.

Sa transformation progressive en scorpion est illustrée par son mutisme de plus en plus appuyé. (dans les opus suivants, elle parlera de moins en mois)

La force de la série repose sur son interprête, la magnifique Meiko Kaji, beauté froide dont le regard incroyablement expressif est indétachable du personnage de Sasori.  Ce sera la raison pour laquelle ses deux successeuses n'arriveront jamais vraiment à convaincre.

A savoir que c'est la miss qui interprête la chanson phare des 4 premiers films, "Urami Bushi" (qui peut être traduit par mélodie de la rancoeur), elle aussi indisosciable de la saga.

En résumé, une très bonne introduction à la saga, mais dont le côté prison pourra faire préferer à ceux qui ne sont pas amateur du genre les opus suivants, plus variés dans leurs décors.

 

"Elle s'appelait Scorpion" ("Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô")-1972

 

Voici donc l'opus le plus connu par chez nous. Sorti la même année que La femme Scorpion, et réalisé une nouvelle fois par Shunya Ito, le film ne souffre pas de sa production éclair et n'est en aucun cas un remake peu inspiré.

Le titre français est pour une fois très bien choisi, tant il montre le côté iconique de celle que l'on n'appelle plus Nami, mais Sasori, et fait référence au western (On l'appelle Trinita, Mon nom est personne,etc...).

Car oui, Elle s'appelait Scorpion trouve sa plus grande inspiration dans le western, et plus précisemment dans le genre qui lui succéda, le road movie.

 

Un an s'est écoulé depuis les événements du premier.

Sasori est enfermée depuis ce temps dans une cellule spéciale pour la punir de ses crimes, mais surtout car le directeur de la prison la tient personnellement comme responsable de la perte de son oeil, qu'une autre détenue lui avait crevé en tentant de la tuer.

Il prend un malin plaisir à la torturer et souhaite de tout coeur sa mort.

Malheureusement pour lui, Sasori s'évade lors d'un transfert avec l'aide de 6 autres femmes, toutes aussi déterminées qu'elle.

 

Les fugitives en poncho de fortune à la Clint Eastwood traverseront les plaines desertiques du Japon, dans un superbe cinémascope, à grand coup de cadres dynamiques et de gros plans muets à la Leone.

Si les références à ce genre purement occidental sont légion, Ito conserve tout de même un univers japonais.

Ainsi, le genre fantastique s'incruste dans de superbes passages chantés où le passé et le destin des prisonnières sont dévoilés, rappellant le théatre de marionnettes Bunraku, ou la scène où Sasori semble récupérer l'âme de la vieille femme trouvé en chemin, celle-ci lui confiant son esprit de vengeance à sa mort, entraînant le déluge des éléments et sa disparition au sens propre dans la nature.

 

Ito conserve également le style mis en place dans les premières aventures de Sasori.  Les délires surréalistes sont toujours présents grâce à des lumières très colorées à la Bava, ou des images fortes comme celle où le cadavre d'une fugitive jété dans une rivière, crée une cascade de sang.

 

Les thématiques du premier sont reprises et amplifiées. Si vous trouviez le premier radical, laissez tomber cette suite, car l'intérieur de la prison n'était rien comparé à l'extérieur.

Les seuls hommes civils que l'on nous montre sont des touristes obsédés sexuels, pelotant à tout va la guide de leur bus, l'un d'eux se vantant même d'avoir violé nombre de chinoises lors de la guerre.

Ces derniers croiseront l'une des fugitives, lors d'un arrêt, et s'empresseront de la violer et de jeter son pauvre corps dans la rivière.

Les comparses de la morte iront alors se charger de leur cas, en prennant possession du bus, et martyrisant tous les voyageurs.

Les matons sont encore plus cruels qu'avant. Ils n'hésitent pas à malmener un gamin de 5 ans pour que sa mère dénonce ses camarades, ou, sous les ordres  du directeur, à attacher Sasori à une croix, puis à la violer devant toutes les prisonnières.

 

Ce qui nous amène au thème du martyr, déjà exploité dans l'opus précédent, mais cette fois-ci clairement rattaché à son sens religieux tout en s'en moquant.

Le fait de faire violer Sasori sur sa croix est clairement blasphématoire. Les "sept" femmes sont loin d'être des saintes. Quant à la (fausse) vierge Sasori, elle fait pleurer des larmes de sang mais ne pardonne pas la trahison.

De plus, elle devient l'esprit saint de la vengeance, après avoir êté possédé par l'âme de la vieille sorcière, regroupant ainsi toutes les frustrations de ses camarades, dont elle vengera les morts lors du final.

 

Meiko Kaji, toujours époustouflante dans son rôle, poursuit son évolution vers la bestialité.

Heureusement que la belle n'est pas payé au texte, car elle ne prononce que deux phrases à la toute fin du film.

Dans cet épisode, elle joue principalement un rôle d'observatrice, restant toujours dans un coin et laissant les décisions aux autres. 

Toutefois, elle sait se montrer toujours implacable lorsque l'occasion se présente.

 

 

Elle s'appelait Scorpion s'avère donc une suite supérieure à l'originale, en poussant beaucoup plus loin ses thèmes, et brassant une multitude de références et de cultures, ce qui fait de lui un maître étalon du cinéma d'exploitation.

 

J'avais continué sur le reste de la saga, mais toutleciné a planté quand j'ai voulu valider. Du coup, va falloir attendre un peu pour la suite.

 

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Tous les commentaires de l'article:
La vengeance est un plat qui se mange femme.

  • Thunderbolt Buddha

    mer 30 jan 2008 19:48

    Well done, vivement la suite.

  • Romain

    jeu 17 jan 2008 17:52

    Merçi pour l'article, connaissais pas. Comme quoi ça a du bon les blogs parfois.J'm'en ferais un plaisir de me le procurer.
    Bonne continuation, a+

  • wilfrid

    jeu 17 jan 2008 02:02

    merci pour cet article !!!!

  • cinecri mailto

    mer 16 jan 2008 22:46

    c'est nooooooouuuss!!! ("here's johnnnyyy!!!!") cinecri rules!!! pov' loser!

    non, serieux, faudrait qu'on se capte courant semaine prochaine si ca te dis?

    andrew et pierre