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On ne vous entend toujours pas crier dans l'espace (part 4 et fin)  posté le lundi 10 décembre 2007 17:19

Alien Resurrection de Jean Pierre Jeunet

Année de sortie: 1997

Durée: 1h44

 

 

 

La Fox ne veut pas croire à la fin de la saga et réclame une suite. Mais comment faire un Alien alors que le personnage emblématique n'est plus?

Un script est commandé à Joss Whedon (créateur de Buffy vampire slayer et Firefly, entre autre), qui semble plaire à tout le monde, même à Sigourney Weaver qui rempile du coup, mais qui déçoit les producteurs récurrents de la saga, Walter Hill et David Giller, qui décident alors de ne pas participer au projet.

La Brandywyne ne produira donc pas ce nouveau segment, laissant pour la première fois leur bébé à une autre société.

Comme pour les anciens opus, on recherche un jeune réalisateur visionnaire et prometteur.

Danny Boyle (Trainspotting) est proposé, mais celui-ci refuse pour diverses raisons.

Puis, on fait appel au français Jean-Pierre Jeunet, qui contre toute attente accepte de se lancer dans le monde cruel du cinéma hollywoodien.

Il ramène dans ses bagages ses plus fidèles collaborateurs, dont Darius Khondji (chef-opérateur sur Delicatessen et La cité des enfants perdus), Pitof (responsable des effets spéciaux sur ces mêmes films), Dominique Pinon qui joue dans tous ses films, et même Ron Perlman qu'il avait dirigé sur La cité des enfants perdus.

Malheureusement, le système hollywoodien n'intéresse pas Marc Caro, qui formait jusqu'ici la moitié d'une entité à deux têtes avec Jeunet. Il fera cependant quelques dessins de production pour les costumes, histoire de...

Cependant, Jeunet n'est pas dupe, il sait très bien qu'il n'est là que parce que la production pense qu'il est le plus à même pour remplir le cahier des charges. Ayant travaillé dans la publicité, il sait comment s'y prendre, et voit donc le film comme une longue pub.

 

Le film comporte un nombre nettement plus important de plans à effets spéciaux.

La conception des créatures est donné au studio d' Allec Gillis et Tom Woodruff, élèves de Stan Winston, qui s'occupent de ça depuis Aliens, ce qui fait d'eux des vétérans au même titre que Sigourney Weaver.

L'évolution des techniques leur permet d'aller plus loin dans la performance des animatroniques et marionnettes.

Si la majorité des bestioles ne sont que des mises à jour techniques de celles apparues auparavant dans la saga, le film apporte une nouveauté en la présence du New Born.

Ce dernier est un croisement génétique entre l'homme et l'alien, bénéficiant d'une apparence penchant plus sur l'humain.

Ainsi, son corps tient de l'absurde, faisant autant penser à un bébé qu'à Homer Simpson, mais dont la tête est dérangeante de par sa forme crânienne et ses yeux innocents et larmoyants.

Il met mal à l'aise, on ne sait pas si on doit en rire ou en avoir peur. Il est touchant comme un bébé, et dangereux comme un prédateur.

Même si son rôle dans le film est à discuter, je trouve que son design est réussi.

Ce film marque également l'arrivée du premier alien en image de synthèse. A la sortie du film, ça passait, mais maintenant on peut dire que l'effet a mal vieilli, manquant de détails graphiques et pourvu de mouvements trop basiques.

 

Le tournage se passe sans problèmes majeurs, le film fait un score pas mal au box-office, tout le monde est content, youpi c'est la fête!

Oui...mais non.

On est en droit de se demander si le choix de Jean Pierre Jeunet fut une si bonne idée que ça.

Ridley Scott, James Cameron et David Fincher étaient des réalisateurs à l'aube de leur carrière, qui avaient réussi à inventer ou insuffler leur style dans leur opus respectif.

Jeunet fait de même, et transforme Alien Resurrection en comédie noire d'action. Son style visuel a tout pour coller à celui de la saga.

Mais étrangement, ça ne colle pas...Un humour malvenu rentre en désaccord avec des séquences glauques et desespérées. La gallerie de gueules cassées habituel chez Jeunet, ne fait aucun effet car écrit comme des stéréotypes inintéressants au possible, pourtant interprêté par d'excellents acteurs.

Le film va à toute allure et ne prend jamais le temps d'approfondir les situations et les protagonistes.

Il se crée un gros décalage entre les intentions du script et l'univers personnelle de Jeunet.

Le film souffre d'autant plus si on le voit à la suite des autres, et fait figure d'épisode bonus "Et si...Alien était un fan-service".

On peut se demander si justement la trop grande liberté laissée au réalisateur et le confort de tournage ( qui se passe à Los Angeles et non plus en Angleterre) ne sont pas une des causes d'un tel relachement.

Chaque épisode avait été enfanté dans la douleur, entre défis et prise de becs avec la production.

Je pense sincèrement que ces dures contraintes se ressentaient à la vision des films, comme si le mental erreinté et meurtri des réalisateurs hantaient la pellicule.

De plus, Jeunet n'a pas eu à créer l'univers comme Scott ou écrire le script comme Cameron et Fincher, seulement remanier ce qui avait été écrit par Whedon afin d'y inclure son style.

Pour un homme comme Jeunet, habitué à écrire des scénarios originaux et à inventer des univers atypiques qu'il affectionne, évoluer dans une mythologie vieille de vingt ans, connue de tous, crée forcément un problème.

Un réalisateur novateur mais dont le style se rapproche plus des critères nécéssaires à un Alien, qui est quand même sensé être de la SF horreur avant tout, aurait été David Twohy, déjà envisagé pour Alien³.

 

Il ne serait pas juste de tout mettre sur le dos de ce pauvre Jean Pierre, qui n'a fait que ce qu'on attendait de lui.

Il y a également le scénario de Joss Whedon qui est concerné, même si ce dernier se défend en clamant que son script a été dénaturé par la mise en scène du frenchie.

On retrouve nombre d'éléments venant du script de Gibbons pour Alien³, avec le laboratoire militaire où l'on fait des expériences sur les aliens, créant de nouvelles races et évolutions, ainsi que le retour sur Terre.

L'histoire de l'Alien Ripley (je l'appelle comme ça en référence à Helen Ripley) est intéressante mais pas assez approfondi, tout comme le côté scientifique militaire. La faute à la place prise par des héros secondaires, dont on se fout royalement.

L'équipage du Betty sont des bad-ass chasseurs de primes de l'espace, tout sauf attachants, et servant essentiellement à créer des situations comiques ou de victimes potentielles.

Sauf que si on ne croit pas aux personnages, on en a que faire qu'ils crèvent...

Le film a beau être énergique grâce à son surdécoupage, au final il ne se passe rien. Les persos se vannent dans des couloirs, ouvrent une porte, y trouvent quelque chose, puis repartent dans les couloirs, tombent sur une autre porte,etc...

Et parfois, on a droit à une scène d'action gratuite pour réveiller le spectateur.

Histoire de chipoter encore plus, on trouve des incohérences tels que la création du nid alien et le changement du système de reproduction de la reine, qui se déroule en moins de trois heures...Elles sont rapides les bestioles!

Ou encore Ripley qui passe de deux mots de vocabulaire à une phrase construite en deux secondes...

Maintenant que j'ai craché ma bile, je vais quand même parler des bonnes idées du film.

 

Le lieutenant Helen Ripley s'est sacrifié pour le bien de l'humanité, il y a plusieurs siècles.

Tout comme Jésus-Christ, elle resuscite, mais Dieu n'est pas dérrière ce miracle.

La science la ramène parmi nous, par le biais du clonage. Ou en tout cas, ramène une partie d'elle.

La nouvelle Eve tient autant de la belle que de la bête, son adn s'étant mélangé à celui de la reine alien qu'elle portait.

Après s'être rapproché de son ennemi, elle est devenu une des leurs.

« Ne combats point les monstres ou tu deviendra monstre[...] »-Nietzche (et hop, paye ta citation philosophique).

Elle récupère rapidement ses facultés mentales ainsi que sa mémoire.

Consciente de ne pas être la véritable Ripley, malgré ses souvenirs, elle joue un rôle d'observateur, attendant que le chaos reprenne.

Elle semble n'avoir aucun but, à part attendre. Aucune envie de se battre, de s'enfuir, de sauver les gens, elle obéït comme un pantin, avec un sourire narquois.

Ripley est bel et bien morte.

Même quand le personnage de Winona Ryder s'apprête à la tuer, elle ne se défend pas, elle lui parle seulement par curiosité.

Son instinct de survie va quand même ressurgir lorsque les aliens se libéreront. Mais même là, elle n'agira contre eux que s'ils lui barrent la route.

On ne sait pas quel est son but, pourquoi elle suit les membres du Betty.

Finalement, elle sortira de sa torpeur en découvrant qu'elle n'est pas unique, et que sept expériences ratées l'ont précédées.

Elle fait tout cramer, mettant fin à la souffrance d'une des abominations, et montre enfin des sentiments humains.

Plus tard dans le film, elle se fera enlever par les aliens, qui l'amènent dans leur nid où elle assistera à la naissance du New Born, hybride tout comme elle entre l'humain et l'alien.

Le bébé fera le choix, non pas de suivre la pensée alien, ni humaine, mais la sienne et celle de Ripley, la nouvelle race.

Il tue alors la reine, la jugeant inférieure, et se tourne vers celle qui mérite d'être sa mère.

C'est à ce moment-là, je pense, en voyant son double, que Ripley subit un choc et se rend compte qu'elle ne veut pas être comme lui, et décide de laisser gagner sa part humaine.

A la fin du film, elle choisit de sauver son amie et de tuer le New Born, tuant symboliquement sa part sombre.

On ne comprend donc qu'à la toute fin, son comportement depuis le début. Elle était indécise quant à sa place.

Elle faisait parler la bête qui est en elle, de manière spontanée, mais n'avait pas encore cédé totalement au côté obscur, laissant la chance aux humains de prouver leur supériorité.

Son mutisme et sa neutralité paraissent tout à coup logique.

Sa discussion avec Call et sa sortie de la cellule afin de rejoindre les membres du Betty, avaient pour but de les étudier et les jauger.

Un simple plan résume tout ça, dans la séquence de la cuisine innondée, où Ripley contemple passivement une alliée se faire attraper par un alien, semblant réfléchir à l'infériorité humaine.

En fait, elle ne reproduisait que ce qu'on lui avait fait subir, à savoir des analyses, des tests, comme un enfant qui imite les grands.

Au final, elle ne fera pas ce que ses parents voulaient pour elle, et s'assumera en tant qu'individu unique, et non comme le numéro 8.

 

La musique de John Frizzell s'en tire mieux que le film.

Ce jeune compositeur inconnu, comme l'étaient James Horner et Eliott Goldenthal, ne connaîtra cependant pas la même carrière que ses illustres prédécesseurs.

Il signe pourtant ici une superbe bande originale, mélant romantisme, sensualité, et violence.

Un score tout à fait honorable, bien que trop imposant et inférieur à ceux d'avant.

 

Alien Resurrection conclut momentanément la saga, avec une pointe de déception. Le film reste sympathique, si on fait l'effort de ne pas le comparer aux trois premiers.

Jean Pierre Jeunet a fait mieux dans sa carrière, mais ouvre la voie au phénomène frenchie à Hollywood avec les honneurs.

Alien reste pour moi une des trilogies (désolé JP!) les plus réussies de l'histoire du Cinéma.

Sa réussite est liée aux grands noms qui l'ont dirigée, chacun ayant tout à prouver à l'époque et possédant un style bien particulier.

Cet univers aussi effrayant que malléable mérite bien plus que des divertissements crossover avec Predator ou des remakes (ça va venir un jour ou l'autre).

En attendant un hypothétique Alien V et la révélation du jeune surdoué qui le réalisera, je vous laisse revisiter à loisir les couloirs sombres du Nostromo, Sulaco, LV 426 et Fury 161.

 

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Tous les commentaires de l'article:
On ne vous entend toujours pas crier dans l'espace (part 4 et fin)

  • Acide Mo

    sam 15 déc 2007 13:30

    Je suis évidemment d'accord sur le fait qu'Alien IV n'est pas un bon Alien... par contre, c'est, je trouve, une bonne série b mélangeant SF et horreur. S'il n'égale pas les autres, c'est sûrement (aussi) dû au fait que Jeunet n'a effectivement pas fait du Alien, il a fait du Jeunet : Alien IV est fortement imprégné de la patte de son réalisateur, que ce soit (entre autre) dans la façon de concevoir les plans, gérer l'action ou d'aborder les personnages ; d'ailleurs, Alien IV est pour moi une sorte de "film de personnages" situé dans l'espace !

  • Elego

    mer 12 déc 2007 12:27

    Je suis assez d'accord pour dire que Alien IV est l'épisode de trop, perdant tout le côté glauque et opressant des autres épisodes.
    Son problème est qu'il est "juste" correct, bien rythmé, bien réalisé, bien joué, de l'easy-watching sans profondeur mais plus qu'honorable en tant que blockbuster.
    Le problème est qu'il s'arrête là.
    Problème de la mise en scène aussi. Les autres étaient plutôt claustrophobes, fermés, serrés, ici tout est large, bien écairé et finalement agréable à regarder. Le seul moment un peu désagréable c'est la sortie de la cuisine quand ils sont coincés sous l'eau, mais c'est tout.
    La créature est intéressante en tant que Frankenstein alien mais on se demande un peu ce qu'elle fait là.

    Un problème d'époque j'ai l'impression, même si Jeunet n'était décidément pas le réalisateur qu'il fallait.