Aliens de James Cameron
Année de sortie: 1986
Durée: 2h11
Une séquelle à Alien était inévitable, au vu de son succès. Pourtant, bien que l'idée trottait dans la tête des producteurs Walter Hill et David Giller, qui désiraient en faire un mélange entre Les 7 mercenaires et Les rues de feu, le projet ne pouvait être lancé car le patron de la Fox de l'époque était contre.
Après un changement de direction, le nouveau big boss se montre très intéressé, lui.
Le script qui sera choisi sera celui d'un jeune écrivain/réalisateur du nom de James Cameron. Tout le monde adore sa vision des choses, et les producteurs veulent même le mettre aux commandes du film. Mais la Fox ne l'entend pas de cette oreille et répond par la négative.
Si aujourd'hui, Cameron a la carrière que l'on sait, à ce moment-là il n'avait bossé que sur des productions Corman (encore lui!) et réaliser la suite du Piranha de Joe Dante.
On peut comprendre la réticence à le mettre à la barre d'un blockbuster, qui plus est la suite d'un film déjà culte. (bien qu'à l'heure actuelle, on mette des réalisateurs sans expérience sur des projets importants)
Mais le canadien barbu prépare un autre film, The Terminator, qui s'annonce prometteur. On lui répond donc que selon le résultat obtenu sur ce film, il pourra réaliser Aliens.
Pas besoin de faire un dessin, on connaît la suite.

Cameron, en grand fan de l'original de Ridley Scott, estime qu'il ne sert à rien de refaire le même film. Il décide donc de changer totalement de perspective, et d'en faire un film d'action grandement influencé par la guerre du Vietnam, dont le spectre hante encore l'inconscient collectif américain.
Alors, adieu les plans qui durent des plombes, la recherche de chat, et les tronches d'intellos, et bonjour aux marines pétés à la testostérone, la grosse artillerie, les explosions de partout, et surtout plein d'aliens!
Et oui, ça fait penser à la mentalité de réals comme Renny Harlin et Michael Bay.
Cameron décide de ne garder que certains éléments importants de l'original, dont le personnage de Ripley, qu'il compte bien faire évoluer.
Sigourney Weaver est entre-temps devenue une actrice reconnue, mais accepte après lecture du script, de retenter sa chance dans la suite du film qui a fait sa gloire, sans toutefois oublier de réclamer un cachet plus important.
Le film bénéficie d'un budget plus confortable que le premier, mais est également beaucoup plus ambitieux en terme d'effets spéciaux, sans compter le perfectionnisme de Cameron.

C'est d'ailleurs sur ce tournage que la légende de Cameron le colérique est né. Ce sont principalement les techniciens qui en ont fait les frais. Le tournage se passe en Angleterre, les techniciens sont pris sur place, et le réalisateur canadien découvre les joies des coutumes locales.
En effet, à 10h, une dame apporte le thé et des sandwichs au fromage à toute l'équipe, certains vont au pub du coin, la pause dure longtemps, et à 16h, ça recommence.
Après avoir viré le premier assistant, une grève éclate, qui sera rapidement calmé. Ce qui n'empêchera pas les techniciens de se venger en arborant des t-shirts "Je peux tout supporter : j'ai travaillé avec James Cameron". (qui sera repris sur Abyss avec "Abuse" et T2 avec "T3: Jamais!"
Cameron est un réalisateur qui a une vision, il sait ce qu'il veut et comment l'avoir, et ne supporte pas que l'on tente de le faire dévier de son but.
C'est ainsi qu'il renverra le chef-opérateur Dick Bush qui refusait de suivre ses ordres (il fut remplacé par Adrian Biddle, qui travaillait pour les frères Scott), l'acteur James Remar qui devait jouer Hicks subit le même sort et fut remplacé par Michael Biehn, qui jouait déjà le héros de Terminator.

H.R.Giger n'est pas engagé pour cette suite. Ses créations sont reprises et améliorées au niveau des effets spéciaux.
Ainsi, on peut désormais voir un chestburster nettement plus détaillé, avec par exemple, les petits bras qui étaient seulement esquissés sur la marionnette du premier, cette fois-ci animés.
Les facehuggers ont droit également à des déplacements autonomes sur le sol, dans une séquence effroyable où Ripley et Newt sont enfermées dans une salle avec deux specimens, qui ne demandent qu'à les incuber.
Et surtout, les costumes d'aliens sont considérablement allégés afin de leur permettre une plus grande liberté de mouvements. Le crâne perd donc le côté translucide (fait en verre, donc fragile) de Giger pour une sorte de crête.
Néanmoins, Cameron trouve son Giger en la personne de Stan Winston, spécialiste des maquillages et effets spéciaux, avec qui il a déjà travaillé sur Terminator.
Ensemble, ils vont créer une des (voire la) plus belles créatures de l'Histoire du Cinéma, à savoir la reine alien.
Imaginée et dessinée par Cameron, elle sera matérialisée par Winston et son équipe, chacun de ses mouvements nécéssitant au moins 15 techniciens. Elle fut le plus gros animatronique crée pour un film, jusqu'au spinosaure de Jurassic Park 3, crée également par Winston.
La séquence de fight entre elle et Ripley dans son élévateur est devenue le passage emblématique du film, tout comme l'était la scène du chestburster dans le premier opus, et une référence pour la science-fiction en général.

Si l'univers du film a changé, il en est de même pour le personnage de Ripley, seule survivante du Nostromo.
Elle se réveille 57 ans après la fin d'Alien, dans un monde qui lui est étranger. Personne ne veut la croire, et on lui reproche son attitude qui a coûté un vaisseau et la cargaison qu'il transportait.
Elle a toujours sa forte personnalité, se rendurcit un peu en faisant un travail manuel dans les docks, se coupe les cheveux, mais reste encore faible, ses mésaventures à bord du Nostromo la hantant chaque nuit.
C'est pour supprimer cet handicap, qu'elle accepte de repartir sur la planète LV 426.
Entourée de machos surarmés (et de femmes encore pire plus burnées), elle sera d'abord à l'écart, puis tel un caméléon, adoptera leur attitude.
Ainsi, quand la quasi-totalité de l'escouade périra sous les attaques des aliens, elle n'aura d'autre choix que d'apprendre le maniement des armes, se transformant au long du film, en véritable femme d'action. La proie devient chasseur.
On peut d'ailleurs y trouver une thématique qu'apprécie Cameron, puisqu'il fera subir le même traîtement à Sarah Connor, dans Terminator 2.

L'autre thématique principale
du film est celui de la maternité.
Dans une séquence coupée du montage originale, Ripley apprend que sa fille est morte à l'âge de 62 ans. Si le reste de la version longue n'a que peu d'intérêt, voire même gache le film (la séquence de la colonie avant le désastre, qui annule la tension de l'arrivée des marines), cette séquence est très intéressante pour comprendre la relation de Ripley avec Newt.
Lorsqu'elle trouve cette petite orpheline, elle se sent chargée de la protéger à tout prix. Comme pour expier sa faute de ne pas avoir connu sa fille biologique, elle en adopte une autre.
Le fait qu'elle affronte sa phobie de façon plus que determinée à la fin du film, afin de sauver Newt, fait irrémédiablement penser aux histoires de mères entrant en transe et soulevant des tonnes pour sauver leur enfant.
Le climax du film pousse encore plus loin cette idée, avec un affrontement entre mères. D'un côté, Ripley avec Newt dans ses bras, de l'autre, la reine Alien entourée de ses oeufs.
Alors que les comportements humains et aliens sont très différents, il semblerait que l'instinct maternelle soit le même chez les deux espèces. Avec un simple regard, les deux mères se communiquent leur désir de survie de leur progéniture, et font un pacte.
Ripley menace les oeufs avec son arme, la reine commande aux aliens de ne pas attaquer.
Finalement, Ripley rompt le pacte, en se mettant à zigouiller tout le beau monde, ce qui met la reine dans une rage folle.
S'ensuit le célèbre combat avec l'élévateur, où la reine est bien décidé à faire la peau à Newt, et non à Ripley. Revancharde, la grande...

Tout comme dans l'original, et dans toutes les oeuvres de science-fiction en général, la technologie représente un danger. Ici, pas de malfonctions qui causent la mort, mais une trop grande efficacité de la technologie.
Déjà, la chambre d'hyper-sommeil marche tellement bien qu'elle fait errer Ripley dans l'espace pendant plus de 50 ans. Les armes sophistiquées des Marines sont tellement puissantes, qu'elles transpercent les systèmes de refroidissement, causant une explosion nucléaire, ou bien se confrontent au système défensif des aliens, à savoir leur sang acide, tuant ou défigurant pas mal de monde.
Ce n'est qu'à la fin du film que cette surabondance technologique va enfin se montrer efficace, à travers les mains d'une Ripley en mode berserk. Comme si seul un mental de fer pouvait asservir le matériel du futur. Violence sans conscience n'est que ruine de soi?

On change de registre au niveau du rythme et de l'action, il est donc normal que la musique s'y adapte. C'est James Horner, encore jeune compositeur, qui s'y colle, en reprenant pas mal de ses compos pour les films Star Trek.
Il signe tout de même un excellent thème qui deviendra une référence musicale du film d'action, souvent repris dans de nombreuses bandes-annonces.
A signaler que comme son collègue Jerry Goldsmith, son travail ne fut pas de tout repos. Cette fois-ci, ce n'est pas une divergence artistique avec le monteur son et les producteurs, mais un problème de planning.
Le tournage connaissant un retard important et le montage n'étant pas commencé, il ne pouvait pas composer. La date de sortie étant fixé, il se retrouva peu à peu dans une impasse au niveau du temps.
Après quelques disputes avec Cameron et surtout Gale Ann Hurd, ex-femme de Cameron et productrice exécutive, qui ne comprenaient pas pourquoi il ne pouvait pas écrire sa musique, il réussit à voir quelques séquences du film et écrivit ses morceaux en 36 heures.
Suite à ça, lui et James Cameron ne travaillèrent plus ensemble, jusqu'à Titanic.

Aliens est l'un des films d'action/guerre futuriste les plus réussis avec Starship Troopers (les acteurs jouant les marines durent lire le roman pour leur formation, d'ailleurs), il connut un grand succès au box-office et fut récompensé par trois oscars, dont celui des meilleurs effets spéciaux.
Il reste à ce jour l'épisode préféré de la majorité des fans de la saga, et permit à James Cameron d'asseoir son statut de maître du blockbuster.
A suivre: Alien³: L'opus maudit.
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