Batman:The Animated Serie (1992)
En 1990, après des décennies d'hibernation, Warner Bros.Animation connaissait une renaissance créative.
Le studio,fameux pour ses Merry Melodies, Looney Tunes
et autres courts métrages pour le cinéma, entrait par
la grande porte dans le monde syndiqué de l'animation
télé avec les Tiny Toons de Steven
Spielberg.
Parmi les talents de la Warner, Jean MacCurdy (directrice de Warner
Bros.Animation) décida de débaucher un
scénariste/producteur, Tom Ruegger, un storyboarder, Bruce
Timm, un décorateur, Eric Radomsky, et un
designer/décorateur, Ted Blackman.
Tous allaient jouer un rôle clé sur la prochaine
série Warner, une version animée de la plus
importante license du studio: Batman.
Batman La série animée débute
officiellement sa carrière en 1992.
Depuis le départ, MacCurdy, Timm et Radomsky furent clairs avec la Fox, la chaîne qui avait acheté Batman, sur le fait qu'ils avaient l'intention de produire la série animée la plus adulte de Batman que la télé n'ait jamais diffusée.
Batman ne ferait pas de blagues vaseuses avec son compère Robin tout en courant dans les rues en plein jour.
Les héros seraient crédibles, les méchants menaçants et leur monde froid et terrifiant.
Bien heureusement, les responsables chez Fox Kids, Margareth Loeshe et Sidney Iwanter étaient de vieux fans de Batman et respectaient le pouvoir intrasèque du héros de comics, ce qui fut une aubaine pour la version proposée par Warner.
Bruce et Eric voulaient retrouver l'esprit dramatique du Batman des années 40.
Décrit par Kane, Gotham n'était qu'un décor constamment envahi par les pires méchants de la création.
Son unique sauveur était le Batman, un mystérieux
vengeur qui frappait rapidement puis disparaissait aussitôt
dans les ténèbres.
Timm, Radomski et leur équipe grandissante piochèrent
dans les histoires de l'époque.
Ils trouvèrent aussi des influences parmi des artistes
plus récents comme Dick Sprang, célèbre pour
ses combats défiant toute logique physique, Neil Adams dont
le pinceau a balayé le mauvais goût laissé dans
la bouche des bat-fans après la série des
années 60, Frank Robbins, qui ramena au milieu des
années 70 la terreur et les ténèbres à
Gotham, et le plus important, Frank Miller qui, en 1986, remit
Batman à sa vraie place de combattant urbain sans
pitié dans The Dark Knight Returns.
Les influences d'autres artistes, moins fréquemment
associés au héros, inspirèrent cette
série. Jack Kirby, Alex Toth et Will Eisner sont connus pour
leur graphisme et leur aptitude à conter des histoires
à travers de l'action.
Leur approche cinématographique fut souvent
admirée, étudiée et interprétée
par les membres de l'équipe artistique.
Les films également eurent une grande influence sur le ton
de la série.
Citons des polars comme Le grand sommeil, Le troisème homme, des thrillers avec Vertigo ou La nuit du chasseur, mais aussi l'animation japonaise, Akira, Laputa, Lupin III:le chateau de Cagliostro, et pour finir, l'expressionisme allemand avec Le cabinet du Dr Caligari et Metropolis.
Cependant, aucun film n'a eu plus d'importance dans le
développement de Batman que les 17 épisodes de la
série Superman des frères Fleischer.
Réalisés entre 1941 et 1943, il demeurent la
meilleure adaptation en dessin animé d'un super
héros.
Chaque épisode de 7 minutes est un chef d'oeuvre de graphisme et d'animation.
Ils sont innovants et intemporels, d'autant plus qu'ils ont été crées il y a plus de soixante ans.
Donc, quand Jean MacCurdy suggère à Bruce et à Eric de s'inspirer de cette série, ils furent enchantés.
Les producteurs voulaient retrouver ce sentiment d'intemporalité pour Batman, refusant que leur héros évolue dans un monde totalement contemporain et de surcroît, refusant de suivre le style si particulier lancé par Tim Burton.
Bruce et Eric créerent un Gotham très design mais réellement dangereux.
Il est facilement identifiable comme faisant partie du XXème siècle américain, mais impossible de préciser dans quelle décennie.
Batman utilise son bat-ordinateur, mais la télévision retransmet en noir et blanc. Alors que Batman pilote le Bat-Wing, Bruce Wayne conduit une voiture d'époque.
Mitraillettes, magnétoscopes, lasers et zeppelins coexistent dans ce monde technologiquement unifié.
Bruce et Eric ne voulaient pas que l'on puisse dater la série comme c'est le cas avec d'autres cartoons qui collent à la mode.
Ils regardèrent 60 ans en arrière, prirent ce qui
avait duré et l'utilisèrent.
Comme tous les bons scénaristes, Paul Dini trouve dans son
expérience personnelle la matière à ses
histoires et ses personnages:
"Quand vous écrivez, vous puisez vraiment votre inspiration dans la vie réelle, jusqu'à un certain degré. Je crois qu'il est très important de regarder autour de vous.
Vous prenez ce qui est à l'origine un fait réel, et vous l'insérez dans le domaine du fantastique. Ainsi, tout le monde peut se sentir concerné par l'histoire.
Cela n'a pas d'importance si ce sont des super-héros ou des animaux rigolos qui font face à des problèmes réels ; si votre histoire est mise en mouvement par des enjeux émotionnels, alors c'est une bonne histoire et n'importe quel personnage peut potentiellement la jouer, que ce soit un toon ou un véritable acteur".
S'il y a bien quelque chose que Batman prouve avec éclat, c'est que l'animation sait transmettre un sentiment et créer un lien affectif avec le public au moins autant que le cinéma -des épisodes marquants comme Over the edge, Never fear ou I am the night sont habités par une charge dramatique absolument saisissante.
Cette attention à la psychologie et aux rapports humains donne à Batman une vérité, une consistance et un impact formidables. Paul Dini vise juste.
Comme dans "Batman Returns" de Tim Burton, avec lequel il est impossible de ne pas faire le rapprochement, le manichéisme est écarté au profit de personnages tout en nuances, mus par de réelles motivations, pathétiques et immensément touchants, souvent tiraillés entre leur part restante d'humanité et leur monstruosité apparente.
Paul Dini explique : "J'ai essayé de repenser les personnages pour leur donner quelque chose d'humain, donc Mister Freeze est devenu ce type torturé qui essaie de sauver sa femme mais qui se heurte à la bureaucratie.
Je crois que les ennemis de Batman sont vraiment consumés par leur douleur intérieure, et cette douleur stimule en quelque sorte leur sens du théâtral et leur cruauté. J'ai essayé de trouver la manière dont les gens ressentent de la tristesse, du chagrin, de l'amertume ou de la colère dans leur vie, et comment cela se manifesterait s'ils devenaient des super-criminels.
Ce sont les émotions qui créent le pouvoir des personnages de dessins animés, et c'est ce qui m'a le plus importé dans cette série, non seulement pour les méchants, mais aussi pour Batman lui-même. En fait, j'ai pensé les personnages comme s'ils étaient réels".
Bruce Timm ajoute : "La beauté d'une série comme Batman est que vous pouvez vraiment plonger dans un personnage, dans sa personnalité".
En six ans et trois saisons, les auteurs de Batman ont creusé, développé, approfondi leurs personnages au point de les rendre palpables.
Bruce Timm, Paul Dini et leur équipe sont parvenus à donner une chair, une densité, une vie autonome à leurs personnages. Ils ont tout bonnement réussi à faire oublier la facticité même de l'univers de Batman.
La série animée Batman est donc une des plus grosses réussites d'adaptation d'un comics qui permit à de nombreux enfants (dont moi) de se familiariser à l'univers du dark knight avant de se lancer dans le comics quelques années après.
La série peut être découpée en trois séries. En effet Batman:The animated serie fut la première de celles-ci.
Ensuite vint The adventures of Batman & Robin où le compagnon de Batman se faisait plus présent.
Puis pour finir, The new Batman adventures où apparut Nightwing, Tim Drake en Robin, et surtout un changement de style graphique, une épuration des traits, moins de détails, etc...
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