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L'ultime Soupir  posté le vendredi 30 novembre 2007 05:29

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« Suspiria  » de Dario Argento (sortie en salles)

 

Suspiria

Sortie le 21 novembre 2007

Durée: 1h38

 

 

 

« Une jeune américaine, Suzy (Jessica Harper), arrive en Allemagne afin d'y suivre des cours de danse dans l'académie de Fribourg. Au fil des disparitions de ses camarades, elle découvrira que l'école abrite une présence maléfique, vieille de plusieurs siècles. »

 

 

 

 

Sorti en 1977, le sixième film et premier volet de la trilogie des Mater, de Dario Argento, fête ses trente ans avec une ressortie en salles dans une toute nouvelle copie restaurée à partir d'un master HD, qui sera suivie d'une édition dvd chez wild side.

Suspiria est sans nul doute le film le plus connu de son réalisateur, et une date phare pour l'Histoire du cinéma de genre.

Paradoxalement, le film connut un échec critique et commerciale à sa sortie dans son pays d'origine, l'Italie, et dùt attendre plusieurs mois avant d'être enfin reconnu en Allemagne et en France.

Cet accueil du public français, Argento ne l'a pas oublié, et c'est pourquoi il a accepté de superviser cette nouvelle édition de son chef d'oeuvre par les frenchies de Wild Side.

 

Alors qu'à l'heure actuelle, le public tremble devant les remakes des films d'horreur des années 70/80, les multiples histoires de fantômes japonais aux cheveux sales, et les franchises tirant inlassablement sur les mêmes cordes , il est bon de revoir sur nos écrans un classique tel que Suspiriatant il fait office de bouchée d'air frais pour n'importe quel cinéphile, amateur d'horreur ou non.

Mais que dire de neuf sur un film ayant été tant de fois acclamé, critiqué, analysé, décortiqué sous tous les angles? Ma foi...rien.

Néanmoins un enfant qui a grandi avec ce film, tel que moi, ne peut s'empêcher d'en toucher deux mots pour ceux qui n'auraient pas cette chance.

 

Suspiria trouve son influence dans les vieux contes européens (on citera avant tout les frères Grimm) et les films de Walt Disney, plus particulièrement Blanche Neige et les sept nains, d'après Argento lui-même.

L'héroîne interprétée par la sublime femme-enfant Jessica Harper (repéré par Argento dans le Phantom of the Paradisede Brian De Palma) se retrouve la Alice d'une version torturée du pays des merveilles, où l'école de ses rêves est habitée par une force démoniaque, où le corps enseignant est constitué de freaks impénétrables et de professeurs ressemblant aussi bien à des officiers nazis qu'à la marâtre de Cendrillon, et où la mort transpire des murs.

 

Le scénario, bien qu'honnète, n'est pas le point fort du film. Ce que Suspiriaperd sur le fond, il le gagne sur la forme.

Afin de recréer un univers onirique, Argento et son chef opérateur, Luciano Tovoli, baignent des décors tout droit sortis de l'expressionnisme allemand, avec ses trompe l'oeil, couloirs tortueux, portes immenses et difformes, dans des lumières surréalistes prenant leurs sources des endroits les plus incongrus.

En résulte un véritable hommage à l'Image, avec l'utilisation des couleurs primaires (rouge,bleu,vert,jaune) pour symboliser les différents actes du film. Les ombres et les lumières imposantes de l'expressionnisme allemand sont remplacés par ces couleurs, qui en sont l'extension moderne. On pourrait parler d'expressionnisme baroque transalpin, en quelque sorte...

Le spectateur face à ces éclairages tout sauf naturelles passant du vif couleur sang au bleu apaisant mais angoissant du rêve, se trouve transporté dans un cauchemar constant, où le moindre petit objet devient inquiétant.

Chaque plan est ainsi une toile picturale. Le résultat obtenu est d'autant plus impressionnant quand on sait que Suspiriafut le dernier film en technicolor, procédé déjà obsolète lors de sa sortie.

 

 

Mais ce travail d'esthétique baroque ne serait rien sans la musique des Goblins (groupe que révéla Argento, et qu'il préta à son ami George Romero pour son Dawn of the Dead ), indisociable des images. Elle commence tout doucement comme une berceuse, puis vient les soupirs grotesques de la Mater Suspiriorum, la rythmique se déglingue, le synthé s'enerve, les hurlements se font de plus en plus fort, pour finalement s'arrêter net, nous laissant vides de toute force.

Autant vous dire que si vous voulez faire peur à vos amis, baissez la lumière, et mettez le main theme de Suspiria: effets garantis.

Ce célèbre score nous plonge encore plus profondément dans la folie du film, et surgit de manière anarchique, comme s'il était doué d'une vie propre.

 

L'intégralité du film est un immense climax qui va crescendo, ponctué par de rares meurtres, diablement marquants.

On retrouve ici l'Argento qui fit sa renommée avec le giallo (film policier avec tueur masqué), où la mise en scène d'un meurtre est un art. Non seulement la violence y est plus qu'explicite (tranchage de gorge en gros plan,énuclation,pendaison,etc...), mais elle est chorégraphié de manière à la rendre à la fois belle et insoutenable.

Toutefois, il me faut reconnaître que le film a mal vieilli sur de rares points. Une suspension d'incrédulité assez forte sera nécéssaire pour passer sur l'incompétence du meurtrier à un moment du film et certains effets font cheapos comme une chauve-souris qui ressemble plus à un cochon d'Inde ailé.

Mais il faut savoir remettre le film dans son contexte, et ces détails ne sont rien comparés à la magie qu'opère encore aujourd'hui le film sur nous.

Suspiria restera quoiqu'il arrive au panthéon des films d'horreur atmosphériques, au même titre que The Exorcist de William Friedkin, Prince of Darkness de John Carpenter, Shining de Stanley Kubrick, The Omen de Richard Donner, ou encore The Haunting de Robert Wise.

 

Passons à la raison de cet article, à savoir la nouvelle copie restaurée HD du film.

Revoir Suspiria dans de telles conditions relève du phantasme assouvi.
La nouvelle affiche clame "jamais l'horreur n'a été aussi sublime", c'était déjà vrai avant, et c'est encore plus le cas.

Cependant, le tableau est loin d'être tout rose. En effet, on constate des pertes au niveau des détails et de la profondeur de champ, dùe à une trop forte saturation de la colorimétrie.

Résultat étonnant, étant donné la supervisation d'Argento et de Luciano Tovoli sur ce projet.

Ceux qui attendaient l'édition ultime seront déçus.

Je ne saurais trop vous conseiller de profiter de la ressortie du film au cinéma, et si l'achat du dvd vous démange, de comparer les différentes éditions afin de faire votre choix.

Personnellement, l'édition Anchor Bay me paraît plus proche du film original.

 

Dario Argento vient de finir la conclusion de sa trilogie des Mater, entamée par Suspiria, et poursuivie dans Inferno en 1980, où la mort est représentée sur Terre, à la manière des trois Grâces antiques, par trois puissantes sorcières: Mater Suspiriorum (la Mère des Soupirs, apparue dans Suspiria), Mater Tenebrarum (la Mère des Ténèbres, dans Inferno) et Mater Lacrimorum (la Mère des Larmes). Cela va faire presque vingt ans que les fans attendaient la fin de cette trilogie laissée en suspens.

Il ne faut cependant pas oublier que depuis un peu plus d'une dizaine d'années, la carrière d'Argento est sur la pente descendante, et qu'il était plus en train de nous faire la trilogie des Water que des Mater.

On évitera donc de se souvenir de son lamentable Fantôme de l'opéra ou de son tvfilm derrickien Vous aimez Hitchcock?, pour ne garder que sa remise en forme sur la série Masters of Horror produite par Mick Garris, qui nous laisse présager son grand retour pour Mother of Tears qui sortira courant 2008 par chez nous.

 

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