Speed Racer
Sortie en salles: 18 juin
Durée: 2h07
Après cinq ans d'absence, les frangins les plus geek d'Hollywood reviennent avec un projet à la hauteur de la démesure attendue par leurs fans.
Toujours aidés de leur fidèle ami, le producteur Joel Silver, ils décident d'adapter la série animée de Tatsuo Yoshida, Mach Go Go Go, première franchise animée à connaître un réel succès aux Etats-Unis en 1967 sous le titre Speed Racer.
Une oeuvre qui a bercé leur enfance et a hautement influencé leur passion pour la culture nippone, et qu'ils désirent aujourd'hui faire partager à un large public familial sous les traîts d'un cartoon live.
C'est donc après le méconnu thriller érotique Bound (1996), et la populaire trilogie Matrix (1999-2003), que l'on retrouve les Wacho Bros là où on ne les attendait pas, dans un monde ultra-coloré qui fait déjà fuir les plus aigris, et pourtant, le film a énormément à offrir pour peu que l'on passe outre son esthétique particulière.
Tour de piste d'un délire qui divise déjà. 3, 2, 1, Go!

A Cosmopolis, les courses automobiles sont plus qu'un sport, c'est un style de vie. Emblême suprême de ces compétitions, la WRL, qui confronte les meilleurs pilotes du monde entier sur des circuits tous plus dangereux les uns que les autres. C'est dans ce monde impitoyable que vit Speed Racer, jeune espoir de la course, dont le plus grand adversaire est l'ombre de son défunt frère Rex, qui fut à la fois l'un des meilleurs pilotes de l'Histoire mais aussi le plus conspué.
Ayant refusé l'offre juteuse du président de l'imposante écurie Royalton, Speed se voit menacé de mort à tous les tournants, mais lui aussi est prêt à tout pour sauver sa carrière.
Le Cinéma tente depuis quelques années, et de plus en plus fréquemment, d'effacer les limites entre les médias, que ce soit l'animation, la bande-dessiné ou les jeux vidéo.
Des tentatives influencées par les nouvelles technologies et qui se révélent être souvent infructueuses, comme dans le cas du Sin City de Robert Rodriguez et Frank Miller ou le récent 300 de Zack Snider.
Des films qui oublient la définition du terme "adaptation" en ne tenant pas compte des spécificités du média cinéma et en ne proposant que des reproductions de cases qui deviennent bien moches dès qu'un mouvement devient nécéssaire.
A côté, nous avons les licences vidéoludiques qui viennent alimenter les amateurs de série Z, à cause de producteurs qui ne comprennent pas que le succès des jeux ne vient pas de leurs scénarios (rarement mémorables) mais du plaisir de l'interaction qu'ont les joueurs avec la manette en main.
L'animation quant à elle, se trouve mieux lotie de par sa propriété d'être le mélange du dessin et du vivant, et les possibilités actuelles d'y rajouter la profondeur de la troisième dimension via les images de synthèse, et plus récemment d'intégrer de vrais acteurs dans un univers photo-réaliste, avec la technique en pleine évolution de la performance capture (voir le Beowulf de Zemeckis pour s'en convaincre).
Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, et l'on constate effectivement que seuls les réalisateurs possédant pleinement les outils cinématographiques arrivent à briser les limites de manière convaincante.
Que l'on aime ou non, on ne peut pas dire que les frêres Wachowski n'avaient pas réussi à créer un univers original et cohérent en brassant culture cyberpunk, action HK, philosophie et comic book, avec la trilogie Matrix. C'est également le cas de Speed Racer qui mélange comédie, courses automobiles, fights corporelles ou de voitures, et sous-intrigues James Bondiennes avec une maîtrise et un sens du rythme déconcertant.
C'est simple, ça ne s'arrête jamais. Tels les bolides, le film passe à la vitesse du son, et l'on se surprend à avoir tout de même passer plus de deux heures dans la salle.

Le gros point fort du film sont évidemment les fameuses courses qui, comme tout le reste du métrage, bénéficient d'un découpage extrémement dynamique, faisant peu à peu oublier leur côté factice. Le souffle coupé, on se régale devant les acrobaties "bigger than life" et la sensation de grande vitesse ressentie, ainsi que par le danger constant auxquels les pilotes sont confrontés sur ces circuits imaginés par un esprit dément. Chacune de ces séquences enterre bien comme il faut la course de pod de La menace fantôme, et occupent une partie non négligeable du film.
Si l'action est au menu de bien des manières (combats à mains nues, catch contre un ninja, poursuite armée sur la route,etc...), les phases dîtes "de repos" sont elles aussi très agitées. Prenant au pied de la lettre l'univers décalé de l'animé, les Wacho nous offrent un délire de tous les instants, où l'on ne sera guère étonné de voir un chimpanzé domestique et un gamin dévaler un long couloir au volant d'une sorte de voiture de golf, sous l'air entraînant de "Free Bird" des Lynyrd Skynyrd.
Une fidélité qui n'est pas
sans défauts, puisqu'outre un scénario un brin neuneu
et parfois fonctionnelle, c'est la présence du personnage de
Spritle, petit frère de Speed, qui vient plomber nombre de
scènes. Agaçant au possible, l'acteur Paulie Litt du
haut de ses dix ans peut prétendre au titre de pire sidekick
de l'année, contrairement à son compère
simiesque qui lui nous fait le plaisir de ne pas
parler.
Des défauts qui n'en restent pas moins mineurs tant le film se veut avant tout comme un rollercoster visuel. A ce titre, rien que le premier quart d'heure arrive à alterner flashbacks, présentation de la quasi totalité du cast, et course dantesque, avec une limpidité folle et des transitions effectuées à l'aide des personnages.
Sans aucune baisse de régime, le film continue de nous abreuver de ses idées folles, distillant une incroyable quantité de détails dans chacun de ses plans, et nous prouve que découpage peut rimer avec nouvelle technologie (n'est-ce pas Mr Lucas?).
Ajoutons au tableau des remerciements, le score inspiré de Michael Giacchino qui retrouve sa grâce de The Incredibles, avec un son très jazzy 60's.
Maintenant, il reste à savoir si le spectateur aura non pas gardé son âme d'enfant (expression éculée et qui n'a pas de sens au final), mais bien s'il sera capable d'ouverture d'esprit, car les Wacho nous ont livré ici une oeuvre en avance sur son temps et qui, en conséquence, en paie le prix fort.
Speed Racer surprend par son jusqu'au-boutisme et ne plaira qu'à ceux qui feront l'effort d'aborder la bête pour ce qu'elle est, à savoir un gros marshmallow explosif sous LSD. Sans aucun doute le film le plus barré de la décénnie et la confirmation que les frères Wachowski sont loin d'avoir dit leur dernier mot.
Cyniques s'abstenir.
Ronan Le Treste

























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