Accueil Date de création : 30/11/07 Dernière mise à jour : 26/05/09 10:08 / 32 articles publiés
 

Jusqu'en enfer de Sam Raimi  posté le mardi 26 mai 2009 10:08

 

Drag me to hell

Sortie le 27 mai 2009

Durée: 1h39

 

 

 

 

 

Présenté hors compétition au cours du dernier festival de Cannes, le nouveau film de Sam Raimi a mis une ambiance d'enfer sur la Croisette et signait le retour du cinéaste dans la ville qui changea sa vie, lorsqu'en 1982 il y présenta The Evil Dead au marché du film. Etrange coincidence puisque Jusqu'en enfer (titre français qui sonne comme une mauvais dtv de Steven Seagal, donc nous l'appellerons sous son titre original Drag me to hell à partir de maintenant) entretient des liens très serrés avec la trilogie comico-horrifique qui fit le succès de Raimi et sonne comme le retour aux sources tant attendue par ses fans. Un film qui sent bon le old school en comparaison avec ses récents blockbusters et c'est peu de le dire puisqu'il s'agit d'un vieux projet autrefois intitulé The Curse, qu'il écrivit en 1993 avec l'aide de son grand frère Yvan et son pote Robert Tapert, juste après la sortie de L'armée des Ténèbres mais qui fut mis de côté pour des raisons financières et par l'envie de Sam Raimi de s'essayer à divers genres à commencer par le western avec l'excellent Mort ou vif (1995). Aujourd'hui, la principale raison qui pousse le réalisateur à ressortir le script du placard  se nomme Spider-Man 3. En effet, de son propre aveu, il regrette amèrement les concessions faîtes aux producteurs sur le tournage de son précédent film, ce qui recoupe ses propos à l'époque du deuxième opus où il disait se contrefoutre du personnage de Venom. Ce n'est donc pas par fainéantise régressive mais bien  par désir de retrouver l'indépendance à laquelle il était habitué que Sam Raimi se lance dans ce film au pitch des plus basiques rappellant fortement les bandes dessinées horrifique d'EC Comics (Les Contes de la Crypte) mais propice aux expérimentations visuels les plus dingues. En plus de son frère Yvan, il retrouve son fidèle ami et producteur Robert Tapert qui se fait un plaisir de le produire comme toujours (à l'exception des Spider-Man) sous l'égide de la boîte de production Ghost House qu'ils ont fondés ensemble, et qui lui laisse carte blanche, cut final, et tout le toutim.

Au départ prévu pour Ellen Page, le rôle principal (qui est aussi celui du souffre douleur de Raimi) revient à une autre actrice au physique d'adolescente, la charmante et trop rare Alison Lohman (Les Associés, Big Fish, La vérité nue, Beowulf), accompagnée d'un acteur tout aussi rare (du moins par chez nous) et qui ne fait pas son âge non plus, Justin Long, habitué à l'horreur 80's avec les Jeeper Creepers et qui ressemble de plus en plus à un frère Raimi. Bref, tous les ingrédients sont là pour la plus grosse attraction de l'année, attachez vos ceintures on y va !

 

 

Christine Brown (Alison Lohman), spécialiste en crédit immobilier et désireuse d'obtenir une promotion au sein de sa société, refuse un prêt à Mme Ganush, une étrange vieille gitane, sous la pression de son irrascible patron. Pour la punir de sa cupidité, Mme Ganush invoque un démon qui doit la tuer au bout de trois jours.

 

Old school, vous avez dit old school? Oui, ma bonne dame, et ce, dès le logo vintage de la Universal qui ouvre le bal et qui va jusqu'à le cloturer avec une superbe vignette promotionnelle pour le Universal Studio dans le pur style années 50. Entre les deux, le maître de cérémonie nous livre une attraction condensant une énorme partie de sa carrière et la mélangeant à d'innombrables influences dont celles des maîtres de l'horreur atmosphérique et suggestive tels que Robert Wise, Mario Bava et Jacques Tourneur. C'est sans aucun doute ce dernier qui aura le plus marqué Sam Raimi, et plus particulièrement son classique Rendez vous avec la peur dont il reprend déjà une bonne partie de l'intrigue (dans le film de Tourneur, un homme se retrouve victime d'une malédiction et le démon qui le poursuit doit l'emporter à une date définie) et quelques idées (le bouton de manteau maudit remplace ici le parchemin original, la séquence finale dans une gare). Néanmoins, c'est en terme de mise en scène que les deux films se rejoignent le plus avec le parti pris de représenter de manière suggestive le démon à l'aide d'élements naturels tel que le souffle du vent qui balaye les feuilles alentours, qui claque les portes, et emporte tout sur son passage ainsi que les jeux d'ombres, rendant celui-ci insaisissable et en perpétuelle proximité de l'héroïne. Ces immenses ombres menaçantes qui semblent engloutir les protagonistes renvoient également à l'expressionisme allemand, notamment dans une séquence d'escalier où l'on s'attend à découvrir le comte Orloff du Nosferatu de Murnau. Des choix étonnants pour un film actuel donc, mais qui n'empêchent pas Sam Raimi de faire du pur Sam Raimi. Outre les évidentes auto-références à ses oeuvres passées (la cabane à outils, la oldsmobile réccurente, un possédé qui se transforme en deadite d'Evil Dead ou encore une mouche envahissante qui fait écho à l'araignée radioactive de Spider-Man), c'est au niveau de l'efficacité des plans, du montage énergique et de la simplicité à passer du rire à l'effroi que l'on retrouve la patte du réalisateur. Ainsi, on assiste médusé à un combat hargneux entre l'héroïne et l'horrible Mme Ganush à l'intérieur d'une voiture, mixant allégrement une tension des plus folles, de l'absurde, du gore rigolo, de l'action survitaminé, le tout prenant des allures de cartoon live. Cet amour du slapstick hérité des 3 Stooges et de Tex Avery, Raimi le pousse même dans ses derniers retranchements lors d'une séquence hilarante où la vieille gitane se prend littéralement une enclume sur la tête et crache ses yeux exorbités par le coup sur la pauvre Alison Lohman.

 

 

L'humour sadique, il n'y a rien de mieux, surtout que dans Drag me to hell le besoin de relacher la pression se fait constamment ressentir. Rarement un film n'aura à ce point mis les nerfs à l'épreuve. Si l'ambiance visuel est incontestablement réussie, que dire du travail sonore effectué... Un grand bravo pour le sound design qui représente ici au moins 70% de la peur ressentie et qui fera, à n'en point douter, sursauter à plusieurs reprises le plus endurci des amateurs d'horreur. Mais attention, ici point de jump-scare ou autres techniques Pedro le chat (vous savez, le bruit inquiétant qui s'avère n'être que le chat de la maison qui a renversé son bol ou qui surgit d'on ne sait où quand les héros ouvrent une porte), non, les bruits tonitruants sont toujours intelligemment associés à une menace réelle et visible à l'écran ou annoncent son arrivée imminente. A ce titre, nous retrouvons une nouvelle fois des références à Evil Dead avec l'enchainement de passages cacophoniques extrèmement fatiguants pour la tension du spectateur immédiatement suivis par une longue période de silence total qui s'avère encore plus insupportable. Pour finir, le score de Christopher Young que l'on sent nettement plus à l'aise que sur Spider-Man 3, remplit sa fonction à merveille, agrémentant sa musique d'ambiance de partitions de violons dans le style manouche, ce qui lui permet de se démarquer un peu des habituels compositions du genre et d'appuyer les origines gitanes du danger.


 

Références, références, oui, mais est ce que cela veut dire que Drag me to hell n'est qu'une resucée d'Evil Dead? Absolument pas. Au cours de sa carrière, Sam Raimi a appris à faire exister ses personnages et à leur donner une certaine dimension, contrairement à ses premiers travaux où ceux-ci étaient cantonnés à être des marionnettes loufoques au service des idées sadiques de leur créateur. Contrairement à Ash ou Vic Ajax, les héros d'Evil Dead ou Mort sur le grill, on ne fait pas que rire aux mésaventures de Christine Brown, on ressent également de l'empathie, on souffre avec elle. D'ailleurs, son parcours s'intègre parfaitement dans une des thématiques préférées du réalisateur que l'on pourrait appeler « le destin, meilleur ennemi de l'homme ». Dans chacun de ses films, on retrouve un (ou des) personnage au quotidien des plus banals mais qui, une fois touché par le coup du destin, voit sa vie se modifier et se détériorer inlassablement, à moins que celui-ci n'inverse le processus (malédiction?) en se rappellant qui il était vraiment avant l'événement. Le destin peut prendre plusieurs formes que ce soit une valise pour Bill Paxton dans Un plan simple, un accident qui défigure Liam Neeson dans Darkman, ou juste un don pour Cate Blanchett et Tobey Maguirre dans respectivement Intuitions et Spider-Man. Dans Drag me to hell, Christine Brown est une gentille fille travaillant dans les prêts immobiliers et qui rêve d'ascencion sociale (se marier avec son professeur de petit ami) et professionnelle (obtenir une promotion de poste). En prenant une décision loin de ses habitudes qui lui permettrait de réaliser ses ambitions, elle se renie, et se retrouve par là même à non pas s'élever mais à descendre (aux enfers). Sans compter que le démon Lumia qui la poursuit n'est souvent rien d'autre que la goutte d'eau venant faire déborder un vase déjà assez bien rempli par une belle-mère hautaine qui désapprouve sa relation avec son fils et un collègue calculateur qui compte bien lui piquer le poste vacant, ce qui rappelle fortement la menace des super-vilains de Spider-Man qui ne sont là que pour rajouter une couche aux vrais problèmes de son alter ego Peter Parker.

Bref, Drag me to hell est un film bien plus intelligent et travaillé que ce que son postulat de départ pouvait le laisser entendre et s'inscrit admirablement dans la filmographie de Sam Raimi comme un « Néo Evil Dead » bénéficiant de tout le bagage emmagasiné au cours de sa carrière. Un peu moins fou fou mais nettement plus soigné, tout en gardant un second degré équivalent.


 

Avec Drag me to hell, Sam Raimi nous offre un divertissement haut de gamme à même de satisfaire tous les types de public. Un vent de fraicheur que ce film d'horreur à l'ancienne qui nous fait d'autant plus regretter l'omniprésence des "torture porn" à la Saw sur nos écrans. Le réalisateur nous prouve que, contrairement à ses personnages, lui ne s'est jamais renié et sait toujours s'éclater comme à ses débuts. Une grande forme qui, on l'espère, sera à nouveau présente sur son futur Spider-Man 4.

 

 

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Les 3 royaumes de John Woo  posté le vendredi 20 mars 2009 19:25

Chi Bi

Sortie le 25 mars 2009

Durée: 2h25

 

 

L'enfant prodigue du cinéma de Hong Kong est de retour au foyer. En effet, après un séjour de quinze ans au pays de l'oncle Sam et six films plus ou moins oubliables, à l'exception peut-être du sympathique Volte/Face, John Woo s'est enfin décidé à revenir aux choses sérieuses. Cependant, il ne faudrait pas oublier qu'il s'en est passé des choses pendant son absence, en particulier la récupération d'Hong Kong par la Chine, entraînant à long terme une uniformisation du cinéma populaire et la perte de la forte identité des productions HK. Une sorte de constat d'échec pour Woo qui, en 1986, avait lancé une nouvelle ère avec son Syndicat du Crime, celui du polar HK, mettant fin à la saturation du marché par les films de kung-fu. A l'heure actuelle, la tendance est au wu xia pian et autres films basés sur des périodes révolues de l'Histoire chinoise, à savoir le même type de production où John Woo a fait ses premières armes en tant qu'assistant réalisateur dans les années 70 pour des metteurs en scène tels que Chang Cheh. A partir de là, on peut très bien imaginer qu'au lieu de suivre la voie d'un Johnny To et risquer de livrer un polar en deça de ses précédents, Woo préféra choisir un genre qu'il connait aussi bien et, qui plus est, typiquement chinois afin de s'éloigner du fantôme de sa carrière américaine. Sans compter qu'il est accueilli les bras ouverts avec un budget de 80 millions de dollars, la plus grosse production chinoise de tous les temps, et un sujet en or, l'histoire des trois royaumes d'après le roman de Luo Guanzhong écrit au XIVème siècle, qui est encore aujourd'hui l'épopée la plus populaire de la littérature chinoise. Un projet que le réalisateur tenait à porter à l'écran depuis plus de vingt ans, attendant inlassablement que la technique et les moyens le lui permettent. Découpé en deux parties et s'étalant sur cinq heures, Les 3 Royaumes est sans conteste un film à part dans la filmographie de Woo, synonyme de changement et de renouveau. Un come-back réussi haut la main artistiquement et financièrement (le film a même dépassé Titanic sur le territoire chinois) et son meilleur film depuis A toute épreuve, rien que ça.

 


En 220 après la chute de la dynastie Han, l'empire chinois est divisé en trois royaumes rivaux. Le premier ministre Cao Cao décide avec le soutien de l'empereur de mener une guerre afin de réunifier le territoire et mettre à mal les seigneurs de guerre. Les royaumes du Sud et de l'Est refusent de capituler et s'allient pour battre l'armée numériquement supérieure du Nord dirigée par Cao Cao, entraînant une longue bataille qui prendra fin sur la célèbre falaise rouge.

 

Qui dit retour dit retrouvailles, et bien que l'on puisse regretter que son acteur fêtiche, Chow Yun Fat, ait préféré poursuivre sa carrière moribonde aux USA en interprétant Tortue Géniale dans ce qui s'annonce dores et déjà comme le plus gros nanar de l'année, il n'en est pas de même pour Tony Leung Chiu Wai qui quitte les drames romantiques pour récupérer le premier rôle de cette fresque épique sous les traits du seigneur de guerre Zhou Yu. A ses côtés, un casting cinq étoiles composé de Takeshi Kaneshiro (actuellement à l'affiche dans The Warlords de Peter Chan), Feng-Yi Zhang, Chen Chang, Wei Zhao (qui se prépare à jouer Mulan dans le film éponyme), Jun Hu, Shido Nakamura, Yong You et la très sensuelle Chiling Lin qui fait ses premiers pas devant les caméras et se promet à une grande carrière. A tout ce beau monde s'ajoute des milliers de figurants, dont plus de mille soldats de l'armée chinoise venus prêter main forte. Les gros moyens sont là et la démesure se voit à l'écran.

A l'image du récit qui oppose l'alliance des provinces du sud et de l'est contre le nord, ainsi que la coupe du métrage en deux parties, Les 3 royaumes joue sur la rupture de ton en proposant les deux segments de la guerre: la préparation et l'action. Loin de vouloir montrer bêtement cinq heures de batailles, Woo base la majorité de son oeuvre sur le dialogue, afin de faire ressortir tous les enjeux du conflit. On assiste alors à de longs débats et pourparlers dans chacun des deux camps, où premièrement les protagonistes tenteront de rallier à eux les seigneurs indécis, puis mesureront les rapports de force, établiront des stratégies, et enfin montreront leurs valeurs avant l'ultime assault. Ce sont dans ces séquences que les acteurs ont le temps de creuser leurs personnages et les faire sortir du simple schéma "gentils seigneurs contre méchant premier ministre". Aucun d'entre eux n'est sans faille, pas même Zhou Yu (Tony Leung) qui semble vivre dans ses pensées, en dehors de la réalité, et sur qui repose pourtant l'issue du combat. Ses alliés ne sont pas en reste, certains prendront un temps fou à se décider à rentrer en guerre à cause de leur égo ou de leur peur, certains refuseront ou s'enfuiront au moment critique, d'autres accepteront afin de purger une honte qui leur est personnelle, etc... Même le premier ministre s'avère être ambigüe, étant montré comme capable d'amour et dont les réels motifs sont incertains. Des personnages qui s'inscrivent parfaitement dans les thématiques du réalisateur, à savoir l'honneur, la famille (au sens premier ou clanique) et la rédemption, soit des valeurs chevaleresques qu'il transposait dans un contexte contemporain dans ses précédents films, et qui retrouvent ici leurs origines. Si au départ, ces longues discussions peuvent être lourdes à digérer, elles en deviennent vite passionnantes grâce à la mise en scène de John Woo qui, outre ses superbes travelling circulaires, utilise la poésie cinématographique pour traduire l'immense par le miniscule. Les exemples les plus marquant restant un duel à la cithare où la musique remplace les mots d'un débat ou la carapace d'une tortue d'eau résumant l'explication d'une stratégie. Le spectateur est tout le long au coeur de cette guerre mentale, il est omniscient tout en n'étant pas à l'abri des événements dans ce contexte où rien n'est joué d'avance. C'est là qu'est la grande intelligence de s'être attardé sur les coulisses du champ de bataille, car lorsqu'on y entre enfin, nous sommes proches des protagonistes et nous vivons pleinement une charge épique comme on en avait pas connu depuis bien longtemps.



Orchéstrées par Corey Yuen, les batailles redonnent tout leur sens au mot "spectaculaire". L'ampleur est là avec ces milliers de figurants, de quoi s'y perdre s'il n'y avait pas un superbe scope allié au découpage et à la maîtrise de l'espace de John Woo. On aurait pu penser que ce dernier aurait beaucoup perdu de son style suite à son expérience hollywoodienne, il n'en est rien. Il en est même revenu avec une profondeur qui lui manquait. Entièrement au service de son récit, il met de côté l'aspect poseur tout en sachant nous en mettre plein la vue dès que cela est justifié. Les armes à feu ont beau être remplacées par des lances, des boucliers et des sabres, l'énérgie Wooesque est intacte et d'une violence incroyable. L'implication du spectateur se retrouve combinée à des plans d'une ampleur folle rythmés par la sublime partition de Tarô Iwashiro, du lyrisme épique d'où résulte une dose d'émotions sans égal. La dernière demi-heure nous laisse sur les rotules avant même d'assister au face à face final dans le pur style de Woo.

Cependant, pour arriver à un tel résultat, il faut tenir compte de la durée. Tout comme le Zodiac de David Fincher dans un registre totalement opposé, l'implication du spectateur dans une fresque mettant en scène de nombreux personnages, points de vue et enjeux (qui plus est, se passant dans un environnement inconnu pour le grand public occidental), dépend entièrement de la longue exposition de ces éléments. Ici, rien n'est à jeter, chaque séquence est nécessaire. Pourtant, la version internationale de Les 3 royaumes se voit amputée de moitié. Au lieu des cinq heures du montage original, le film sort en dehors du territoire chinois dans une version de deux heures vingt-cinq. Une décision évidemment commerciale, mais qu'on ne peut que déplorer en constatant les récentes sorties de diptyques américains (Che) et français (Mesrine). A la vision de cette version "courte", un seul constat s'impose: elle est largement inférieure à celle d'origine. Ce que le film gagne en rythme, il le perd en intensité et en densité. De nombreux personnages voient leurs caractérisations passés à la trappe, notamment Liu Bei et sa soeur Sun Shangxiang, cette dernière allant même jusqu'à devenir presque anecdotique, alors qu'elle incarnait un personnage féminin fort et attachant, ce qui était une première pour un film de John Woo. Plus grave, les phases stratégiques sont réduites à leur minimum, nous privant des nombreux retournements de situation et de personnages secondaires importants. Pour exemple, toute la partie sur le traître a disparue, entraînant avec elle moults élements tels que la paranoïa de Cao Cao, l'instinct manipulateur de Zhou Yu et la mort de généraux essentiels à la bataille. Il en va de même pour les séquences d'infiltration de Sun dans le camp ennemi, où elle se liait d'amitié avec un soldat un peu benêt. Ces multiples suppressions ajoutent un côté manichéen à l'oeuvre, ce que le montage original avait réussi à éviter.

Bref, une version "light" qui ne fait que créer des défauts absents de l'originale, à l'instar de la version salle du Kingdom of heaven de Ridley Scott qui était, qualitativement parlant, extrémement différente de son director's cut. Il reste néanmoins de ce charcutage soit disant approuvé par Woo lui-même, que le film reste cohérent malgré le fait que les coupes se font souvent ressentir sans avoir à connaître l'autre version, et qu'il propose tout de même de beaux moments de bravoure qui méritent d'être vus sur un écran de cinéma. Il ne reste plus qu'à espérer qu'un éditeur français ait la bonne idée de proposer le film dans sa version intégrale pour la sortie dvd, pour réparer cette erreur et que tout le monde puisse se prendre la claque tant attendue.

 


 Comme ses compatriotes Ang Lee, Ronny Yu et Tsui Hark, John Woo revient en force après son expérience américaine et donne une leçon de mise en scène à tous les Zhang Yimou du marché. Les 3 royaumes s'impose comme un monument à la fois pour le cinéma chinois de par son ampleur et pour la carrière du réalisateur de The Killer, qui démontre qu'il n'a rien perdu de sa maîtrise et dans un genre où on ne l'attendait pas forcément. Une prise de risque qui se veut payante et sonne comme une résurrection. De quoi nous rendre impatient de découvrir son prochain long-métrage Tai Ping Lun (anciennement 1949), racontant le naufrage d'un navire lors des dernières années de la guerre civile chinoise, peu avant l'avènement de la République Populaire de Chine, et considéré comme le Titanic oriental. Ou quand John Woo rencontre James Cameron, vivement!

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Vendredi 13 de Marcus Nispel  posté le mercredi 11 février 2009 16:28

Bienvenue à Crystal Lake, le lieu de détente idéal pour toute la famille. Venez profiter de sa forêt luxuriante, de son spacieux camp de vacances, de son lac étincelant et de son charmant autochtone amateur de tranchage de gorges, vous ne le regretterez pas!

 

 

 

 

 

 

 

 

Symptomatique d'un système hollywoodien qui peine à se renouveller, la mode du remake continue de plus belle. Après Massacre à la tronçonneuse, Halloween, et prochainement Hellraiser et Les griffes de la nuit, c'est au tour d'un autre boogeyman culte des années 80, le peu loquace Jason Voorhees, de passer à la moulinette.

Une initiative somme toute judicieuse, car à l'instar de La colline a des yeux (1977), le Vendredi 13 (1980) de Sean S. Cunningham fait parti de ses films considérés comme cultes mais qui ont terriblement mal vieillis, sans parler de ses multiples suites (plus longue saga horrifique existante avec douze épisodes au compteur, remake inclus) à la qualité plus que discutable, mais qui ont fait les beaux jours des amateurs de slasher et fait de Jason une icône du genre.

Surpasser les originaux ne devrait donc pas être une lourde tache, et c'est un habitué qui s'y colle en la personne de Marcus Nispel, déjà réalisateur du remake asseptisé de Massacre à la tronçonneuse (2003), qui après s'être mangé un bide commercial et critique avec son décevant mais pas honteux Pathfinder (2007), revient sous la houlette de Michael Bay, qui en tant que producteur semble penser que le treize porte bonheur...

 


Venus faire la fête dans la maison de vacances d'un des leurs, un groupe d'adolescents croise la route d'un mystérieux jeune homme à la recherche de sa soeur disparue du côté de Crystal Lake six semaines auparavant. Son enquête ne fera que confirmer que le meurtrier Jason Voorhees n'est pas une légende urbaine, et qu'ils sont déjà sur son tableau de chasse.


"Tshi tshi tshi haa haa haa", ainsi débute le film. Des sons qui ne voudront pas dire grand chose pour certains, mais qui auront pour effet d'éteindre le cerveau des fans qui, eux, savent ce qu'ils vont voir. Vendredi 13 n'a jamais été synonyme de subtilité, et Nispel l'a bien compris.

Après un générique nous montrant la fin du film original retournée pour l'occasion, où l'héroïne se venge de la mère Voorhees qui a tué tous ses camarades (désolé pour le spoiler eventé depuis trente ans), nous retrouvons, de nos jours, une bande d'adolescents qui se balade en forêt. Pas de doute à avoir, ils sont cons comme la lune, antipathiques au possible, ils ne pensent qu'à baiser et fumer des joints, donc ils vont mourir. Et ça ne manque pas, l'ami Jason débarque dans le campement pour se la jouer défendeur de la morale puritaine.Une introduction efficace qui fait disparaître nos craintes de voir les codes du slasher old school (en opposition avec le néo-slasher de type Souviens-toi l'été dernier) formatés par les règles de la nouvelle industrie cinématographique.

Malheureusement, le réalisateur connaît trop bien les codes du genre, et l'on n'échappe pas à la partie molle de l'histoire, à base de jeunes qui font la bringue et d'un type qu'il est tout triste d'avoir perdu sa soeurette et que les gens ils sont trop vilains avec lui parce qu'ils veulent pas l'aider à la chercher... Mélodrame quand tu nous tiens.

Fort heureusement, la crétinerie des protagonistes offre un spectacle assez rythmé et réjouissant pour conserver notre attention. S'ensuit un jeu de massacre, ponctué de références à la saga (on peut voir Jason hésiter entre le sac à patate dont il était affublé dans Le Tueur du Vendredi (1981) et le mythique masque de hockey qu'il arbore depuis le troisième opus) avec ce qu'il faut de morts violentes, dont certaines font preuve d'originalité, et de nudité féminine, et ce, jusqu'au générique de fin.


 

 

Mais voilà, le constat reste très mitigé. Nous avons affaire à un pur Vendredi 13. A trop vouloir respecter les codes, Nispel nous livre un film totalement impersonnel, qui semble suivre un cahier des charges bien défini et la question sur l'intérêt d'un tel remake se pose donc alors. Même en ce qui concerne la mise en scène, nous avons connu le réalisateur en bien meilleure forme. Bien que ce dernier n'ait jamais été un génie de la caméra, il restait un bon faiseur, et le voir procéder en mode automatique a de quoi inquiéter.

Était-ce un film de commande fait à contre-coeur pour se racheter une conduite auprès des producteurs après le four de Pathfinder ou l'as-t-on empêché de proposer autre chose? C'est un bien beau gachis que celui-là compte tenu des innombrables possibilités pour remettre la saga au goût du jour. Les remakes sont soit-disant produits pour plaire au jeune public pour qui tout ce qui a été fait il y a plus de cinq ans n'existe pas, alors pourquoi diable leur resservir un produit qui transpire le kitsh des années 80?

Pire encore, les premiers Vendredi 13 étaient des films dits d'exploitation, aux budgets ridicules, qui ont su garder la sympathie des amateurs car ils proposaient leurs doses de spectacle sanguinolent, alors qu'ici on a de quoi douter de l'honnêteté d'un nanar, bien que volontaire, fait avec un budget aussi confortable.

Quoiqu'il en soit, ce pur produit de consommation a permis à la New Line d'effacer les délires de Jason X (2001) qui semblaient bien les gêner pour reprendre la franchise. Personnellement, entre le film de James Isaac qui était à la fois respectueux, drôle et innovant (un Jason cyborg dans l'espace, quoi!) et le film sans réel saveur de Marcus Nispel, j'ai choisi mon camp.

Notons au passage que quitte à refaire la même chose, autant reprendre ce pauvre Kane Hodder qui continue à pleurer la perte de son rôle fétiche plutôt que Derek Mears qui fait un Jason guère impressionnant.


 

Ce Vendredi 13 cuvée 2009 a toutes les chances de se mettre tout le monde à dos. Alors que les fans de la saga n'y verront qu'un énième épisode égal aux précédents, les néophytes seront dégoutés par la ringardise de la chose et les autres seront déçus par le manque de cœur et d'innovation. En espérant que Marcus Nispel rebondisse sur un projet plus personnel et que la New Line ne nous fasse pas la même chose pour Freddy.

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Gérardmer 2009  posté le jeudi 05 février 2009 22:06

Retour à la grisaille parisienne après un petit séjour dans les Vosges à l'occasion du 16ème festival du film fantastique de Gérardmer. Constat plutôt mitigé cette année, étant donné que les gros efforts effectués l'an dernier pour le quinzième anniversaire ont eu des répercussions désastreuses sur cette édition. Un festival fauché donc, que ce soit dans son organisation (paye tes projectionnistes amateurs), dans son jury (Pierre Mondy et Véronique Jeannot, des acteurs qui ont beaucoup donné au genre) et sa programmation. Heureusement, l'ambiance festive était toujours là, ce qui permit de faire passer plus facilement la pilule. Sans oublier l'inénarrable festival-off au chalet et son lot de nanars arrosés à la bière, qui lui ne souffre jamais d'une baisse de régime. Entre grosse déception, surprise et ronflement, voici un compte-rendu succinct des films visionnés:

 

Film d'ouverture: "The Burrowers" de J.T. Petty 

Résumé: 1879. Un groupe de fermiers colons du Dakota se lance à la recherche d'une famille disparue sans explication. Persuadés qu'il s'agit de représailles venant des indigènes locaux, ils se rendent vite compte que la menace est toute autre...

Avis: Quoi de mieux pour donner le ton qu'un dtv tout pourri réalisé par le scénariste de la saga "Splinter Cell" en film d'ouverture? On pensait assister à la rencontre de "La prisonnière du désert" avec "Tremors", au lieu de ça on contemple pendant plus d'une heure trente la jolie moustache de Doug Hutchison (qui cabotine encore plus que dans "La ligne verte"), on frémit devant l'action intense d'un concours de lancer de cailloux sur un arbre, on pleure pour la situation financière de Clancy Brown qui l'oblige à jouer dans cette croûte, et l'on se pose toutes sortes de questions existentialistes en découvrant les fameuses créatures au look hémorroïdaire. Néanmoins, le film restera dans nos mémoires pour sa séquence hallucinante où des indiens se mettent à parler en français aux héros, et à crier inlassablement en arrière-plan "Lé peutit poissoin pouw lé pieuge!" tandis que les autres se font attaquer. Monty Pythons approved! Sans oublier une des conclusions les plus pourries de l'Histoire du cinéma.

 

"Deadgirl" de Gadi Harel & Marcel Sarmiento

Résumé: Deux lycéens Rickie et JT décident de sécher les cours et se retrouvent dans un hôpital voisin désaffecté. Ils font sur place une macabre découverte : le corps dénudé d’une jeune femme enchaînée à une table et recouverte de plastique.

Avis: Le mystère qui planait quant à la suite du pitch disparaît au bout d'une dizaine de minutes, nous avons bel et bien affaire à un film sur la nécrophilie...ou presque, puisque la demoiselle n'est pas tout à fait morte (zombiephilie?). Avec un sujet aussi délicat, difficile de ne pas tomber dans les travers de la complaisance ou faire du trash pour le trash, heureusement les deux jeunes réalisateurs ont su éviter ces erreurs en proposant différents points de vue, ainsi qu'un côté décalé permettant un certain recul. On regrette toutefois une photo beaucoup trop sombre gênant la compréhension de certaines séquences ainsi qu'un final au message douteux. A la limite du vite vu, vite oublié, mais ça reste sympa.

"Grace" de Paul Solet

Résumé: Madeline Matheson, une femme enceinte de huit mois est déterminée à accoucher naturellement. Après un grave accident, elle décide de mener sa grossesse à terme, malgré la mort de l’enfant. Après l’accouchement, le bébé revient miraculeusement à la vie. Malheureusement son nourrisson a une débordante soif de sang humain …

Avis: Le film-type du "ça se termine avant d'avoir commencé". Paul Solet aurait dû y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans l'adaptation en format long de son court-métrage "Grace", car voir une seule idée étirée sur une heure et demi, ça fait mal au cucul. C'est con parce que ça commençait plutôt pas mal avec en prime une Jordan Ladd toujours aussi craquante, mais une fois l'élément fantastique introduit, plus rien à l'horizon. A vrai dire, on sent que le réalisateur n'en a rien à foutre de tout ça, ce qui l'intéresse c'est montrer la puissance de l'instinct maternel et les sacrifices qui vont avec. Certes, pourquoi pas, mais tant qu'à faire autant le faire avec des rebondissements plutôt que de suivre un fil rouge que tout le monde a pu griller à des kilomètres. Je pige pas comment ça a pu recevoir le prix du jury, ce bouzin...

"Hansel et Gretel" de Phil-sung Yim

Résumé: Perdu sur une route de campagne, Eun-soo rencontre une mystérieuse jeune fille qui l’entraîne dans sa maison digne d’un conte de fée, en plein milieu de la forêt. Eun-soo devient très vite le prisonnier de la fillette et de sa famille qui ne vieillit jamais. Il découvre rapidement que tous les adultes qui sont passés dans la maison ont mystérieusement disparu…

Avis: Mon coup de coeur du festival. Après l'insupportable "Epitaph" l'année dernière, ça fait plaisir de voir qu'on nous refile pas que les fonds de panier du cinéma asiat'. Librement inspiré du conte éponyme des frères Grimm, le film nous offre un univers atmosphérique d'une richesse visuelle incroyable (vivement le blu-ray) à la fois coloré, chaleureux, naïf et protecteur à l'image du monde idéalisé de l'enfance, mais aussi étrangement inquiétant, à la limite du giallo par moments, avec ces détails sur des éléments du décor qui sont sensés être jolis et mignons mais qui possèdent un caractère grotesque, voire agressif. La musique n'est pas en reste, douce comme une comptine mais dérangeante comme celles de "Suspiria", "Profondo Rosso" ou "Rosemary's baby". Le réalisateur brasse une multitude de références, que ce soit aux contes (Le petit chaperon rouge, Peter Pan, etc...) ou à des œuvres plus récentes comme "Scanners" ou "Akira". Un fourre-tout qui passe comme une lettre à la poste, tout comme le rythme qui, bien qu'étant purement dans le style asiatique, offre les rebondissements nécessaires pour nous tenir en haleine pendant deux heures. Niveau casting, c'est du tout bon, avec une mention spéciale pour la gamine de cinq ans qui arrive à passer du kawaï à des expressions vachement adultes. Bref, si Park Chan Wook faisait un film pour enfants, ça ressemblerait à ça. Une belle œuvre sous tous les points qui aurait méritée au moins un prix.

"Manhunt" de Patrik Syversen

Résumé: Eté 1974. Quatre amis partent pour un week end de détente dans les bois. Sur la route, ils tombent dans une embuscade et perdent tous conscience. Ils se réveillent seuls en plein cœur de la forêt et entendent le son d’un cor de chasse. Une chasse est en cours et ils en sont la proie…

Avis: Après les films de fantômes aux cheveux sales japonais et les productions ibériques, la mode est aux films de genre nordiques. Comme à chaque fois, la hype ne nous épargne pas le tout et le n'importe quoi; comme le prouve ce "Manhunt", survival pour les amateurs de Louis La Brocante. Une succession d'idées vues et revues, avec des personnages complètement demeurés (que ce soit du côté des proies ou celui des chasseurs), et qui demande une importante suspension d'incrédulité de la part du spectateur. Le film ne dure qu'une heure et quart et l'on en vient à se dire que c'est déjà trop. Au moins, soyez rassurés, si jamais vous vous faîtes pourchassés par des rednecks lors d'un séjour en Norvège, ces connards laissent traîner leurs armes un peu partout, et il suffit de se coucher par terre pour se camoufler. Cool...

"Morse" de Tomas Alfredson

Résumé: Un jeune garçon de douze ans, anxieux et fragile, est régulièrement martyrisé par ses camarades de classe. Son désir de trouver un ami semble se réaliser quand il rencontre Eli, une adolescente du même âge qui vient d’emménager dans l’immeuble voisin avec son père. Pâle et grave, elle ne sort que la nuit. L’arrivée de la jeune fille coïncide avec une série de disparitions et de meurtres inexplicables…

Avis: Deuxième vision pour ma part, et celle-ci fut fatale. A partir du moment où je connaissais l'histoire, le film que je considérais comme sympa et original, mais sans plus, m'est apparu comme chiant comme la mort et froid au possible. Impossible de me sentir impliqué dans cette pourtant jolie histoire d'amitié. Cependant, je ne peux pas considérer ce film comme mauvais, il est juste destiné à un type de public dont je ne fais pas parti., un public généralement hermétique au fantastique et qui voit là l'occasion de toucher du doigt le genre via un drame intimiste et contemplatif. Maintenant, il reste le problème de voir cette bête de concours gagner sans surprise le grand prix, à la place d'un film plus méritant.

"Sauna" de Antti Jussi Annila

Résumé: 1595 : la guerre Russo-finlandaise vient de se terminer. Deux frères finlandais font partie d’une commission qui a pour but de délimiter de nouvelles frontières. En chemin, ils sont responsables de la mort atroce d’une jeune russe. Un des frères, rongé par le remords, est hanté par le fantôme de la jeune fille. La commission arrive alors dans un étrange village situé dans un marais abritant un inquiétant sauna, où l’on peut laver ses péchés.

Avis: Encore un film qui vient du froid, mais celui-ci est déjà plus intéressant que les deux autres. Ça flirte avec le sempiternel film de fantômes, et pourtant ça n'en est pas un. Aucune explication ne sera donnée sur ce mystérieux sauna qui semble agir comme un purgatoire sur nos pauvres héros, les mettant face aux crimes qu'ils ont commis pendant la guerre. Bénéficiant d'une très belle photo et d'une ambiance réussie, le film risque de plaire aux plus vaillants, ou d'endormir l'auditoire, au choix. Intéréchiant, quoi.

"Splinter" de Toby Wilkins 

Résumé: Pris au piège dans une station service par un parasite qui transforme ses hôtes en d’horribles créatures épineuses, un jeune couple et un prisonnier en cavale doivent trouver un terrain d’entente pour échapper à une mort atroce…

Avis: Bonne petite série B qui se laisse suivre sans déplaisir, malgré un abus de shaky-cam pour camoufler le design bordélique de la créature. Des persos pas trop cons pour une fois pour ce type de production, quelques idées bien sympas, et voilà, emballez c'est pesé. Sans prétention, et c'est tout ce qu'on lui demande.

"The midnight meat train" de Ryuhei Kitamura

Résumé: Depuis que ses œuvres photographiques provocantes ont attiré l’attention d’une galeriste réputée, Leon Kaufman est prêt à aller encore plus loin pour faire de sa première exposition un événement. Il se lance dans une quête obsessionnelle des plus sombres aspects de l’homme, ce qui le conduit sur les traces d’un tueur en série qui traque les banlieusards prenant le métro très tard.

Avis: A l'instar de "Morse", deuxième vision pour ma part, mais avec le résultat opposé, à savoir que ça passe vachement mieux que la première fois. Quand le réal de "Versus" adapte une nouvelle de Clive Barker, ça fonctionne à merveille. Les arrangements effectués permettent de justifier la durée, l'enquête est prenante, et lorsqu'il est question d'action, Kitamura démontre qu'il n'a pas perdu de sa virtuosité ni de sa folie. A noter que les effets cheap dûs à un budget serré, comme le sang numérique, passent vachement mieux sur grand écran. Un prix du public bien mérité.

"Bad Biology" de Frank Henenlotter

Résumé: Un jeune homme et une jeune femme génétiquement modifiés cherchent le grand amour chacun de leur côté. Ils finissent par se rencontrer et c’est le coup de foudre immédiat. S’ensuivra une folle et longue nuit des plus torrides aux répercussions catastrophiques, voire monstrueuses…

Avis: Frank Henenlotter revient après seize années d'inactivité, et l'on peut dire qu'il n'a pas perdu la forme. Le réal de "Basket Case", "Frankenhooker" et "Elmer, le remue-méninge", sorte de Cronenberg fun, nous balance une love story moderne avec une femme possédant sept clitoris et un homme dont la bite est autonome et camée aux stéroïdes. Du gros délire comme on en fait plus, et sans doute la plus belle parabole féministe jamais faîte. Soit tout ce que "Teeth" n'était pas.

"Hush" de Mark Tonderai

Résumé: En plein cœur des Midlands, un jeune couple, Zakes et Beth, roule sur l’autoroute. Lorsqu’un camion blanc manque de les percuter en doublant, les portes arrière s’entrouvrent l’espace d’une seconde. Fugacement, ils aperçoivent une jeune femme ligotée à l’intérieur…

Avis: Le début fait peur dans le mauvais sens du terme avec ce couple en crise, qui s'annonce pète couille au possible, mais heureusement dès la fin du premier quart d'heure, le réalisateur reprend les choses en main et nous livre une course poursuite bien troussée, où l'on en vient à se demander qui est le traqué et qui est le traqueur. Le héros, présenté comme un loser, aligne les moments d'héroïsme et se montre bien plus malin qu'on ne le pensait, échappant ainsi aux poncifs du genre. Malgré des rebondissements un peu gros par moment, on passe un agréable moment.

"Mutants" de David Morley 

Résumé: Dans un monde où un terrible virus a contaminé la population, un couple en fuite tente de trouver une zone où se réfugier. Pris au piège par des créatures sanguinaires, Marco et Sonia vont devoir lutter pour leur survie...

Avis: On a beau se dire qu'il faut soutenir les tentatives d'imposer un cinéma de genre en France, il y a des jours où l'on en peut plus de voir des merdes et l'on a envie de crier "Arrêtez le massacre!". "Mutants" fait parti de ces films qui partent d'une bonne intention, qui transpirent d'une envie de proposer autre chose, mais qui au final sont tellement ratés qu'on ne peut pas cautionner en tant que spectateur. On dirait du "28 jours plus tard" version Z, avec des persos aussi vides que le frigo d'un étudiant, des longueurs insoutenables, des "acteurs" qui feraient passer Samuel Le Bihan pour le nouveau De Niro (Hélène de Fougerolles est la seule à y croire, c'est dire), une shaky-cam injustifiée et gerbante au possible, et des streums réussis une fois sur deux. Alors d'accord, c'est fauché, mais est-ce une raison pour péter plus haut que son cul et vouloir faire un film premier degré quand on sait qu'on en a pas les moyens? Reste plus qu'à attendre "La Horde" pour savoir s'il faut encore attendre quelque chose de l'Héxagone...

"Repo! The genetic opera" de Darren Lynn Bousman

Résumé: En 2056, le manque d’organes est un fléau qui touche toute la planète. La société GeneCo apparaît comme la seule solution : cette firme biotechnologique propose des transplantations d’organes à crédit. Ceux qui ne peuvent plus payer sont la cible des Repo Men, les récupérateurs, des chirurgiens-assassins à l’identité secrète qui reprennent les organes greffés…

Avis: Soyons clairs, c'est raté. Néanmoins, il y a quelque chose dans ce film qui m'empêche à la fois de le descendre et à la fois de le défendre. Sans doute est ce la faute à l'univers de cette comédie musicale goth et gol et le style visuel qui va avec, qui contre toute attente m'ont captivés. A part ça, les chansons sont foirées, le casting n'est pas toujours judicieux, et la mise en scène ne vole pas bien haut. Si seulement ce film pouvait être remaké par quelqu'un de plus talentueux que Bousman, ou donner l'envie à d'autres de se lancer dans la comédie musicale bis, "Repo!" serait un mal pour un bien.

"Long Week-End" de Jamie Blanks 

Résumé: Un couple en crise décide de passer un long week-end ensemble et de partir camper dans le but de se retrouver. Ils polluent la nature qui les entoure et leur comportement irrespectueux de l’environnement va entraîner la vengeance de la faune locale…

Avis: Quand le réalisateur d'"Urban Legend" et "Mortelle St Valentin" (aaaarghhh) s'essaye au remake du film de Colin Eggleston, ça nous donne un très loooooooooooonnnnnnng week-end. L'idée de montrer une Nature qui reflète les troubles d'un couple en crise et qui se venge en les poussant jusqu'au point de non-retour est intéressante, mais malheureusement ratée. Les deux thématiques ne parviennent que rarement à s'associer, et la plupart du temps tombent dans le ridicule.Le film ne décolle jamais vraiment, mis à part quand James Caviezel (qui joue très bien les connards) se fait attaquer par un aigle ou quand un dugon (une espèce de lamantin) mort sur la plage, se retrouve on ne sait comment dans leur campement. Whoaaa...Il en reste que c'est joliment filmé, avec une belle photo, que les acteurs sont bons, et que le final est empreint d'une ironie savoureuse, mais putain qu'est ce qu'on se fait chier!

"The lost" de Chris Sivertson 

Résumé: Trois adolescents font la fête dans les bois. Aux commandes du groupe, Ray est un jeune à l’allure rebelle et au caractère instable. Armé d'une carabine, il tue brutalement deux campeuses qui ont la malchance de se trouver sur son chemin. Ray établit alors un pacte avec ses amis pour qu'aucun d'eux ne révèle les atrocités commises ce soir-là.

Avis: Un des premiers films du réalisateur d'"I know who killed me", produit par Lucky McKee. Sorte de "Tueurs nés" à la sauche Lynch, c'est long, complaisant, creux, ça se la pète bien pour de la provoc à deux balles, bref c'est puant et limite gerbant. Une belle merde qui aurait mieux fait de rester inédite.

 

"Timecrimes" de Nacho Vigalondo 

Résumé: Un homme fait accidentellement un voyage dans le temps et se retrouve confronté à lui-même une heure auparavant. En cherchant à tout prix à réparer cette erreur et à revenir au présent, il va déclencher sans le vouloir une série de désastres irréparables...

Avis: Partant d'une idée somme toute assez simple et de prime-abord sans rapport avec le voyage dans le temps, Vigalondo réussit à complexifier son récit sans jamais perdre la compréhension du spectateur. Intelligemment écrit et réalisé, une œuvre originale qui prouve qu'un petit budget peut s'en sortir avec de bonnes idées. Un réalisateur à suivre.

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Speed Racer d'Andy et Larry Wachowski  posté le mardi 17 juin 2008 21:06

Speed Racer

Sortie en salles: 18 juin

Durée: 2h07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après cinq ans d'absence, les frangins les plus geek d'Hollywood reviennent avec un projet à la hauteur de la démesure attendue par leurs fans.

Toujours aidés de leur fidèle ami, le producteur Joel Silver, ils décident d'adapter la série animée de Tatsuo Yoshida, Mach Go Go Go, première franchise animée à connaître un réel succès aux Etats-Unis en 1967 sous le titre Speed Racer.

Une oeuvre qui a bercé leur enfance et a hautement influencé leur passion pour la culture nippone, et qu'ils désirent aujourd'hui faire partager à un large public familial sous les traîts d'un cartoon live.

C'est donc après le méconnu thriller érotique Bound (1996), et la populaire trilogie Matrix (1999-2003), que l'on retrouve les Wacho Bros là où on ne les attendait pas, dans un monde ultra-coloré qui fait déjà fuir les plus aigris, et pourtant, le film a énormément à offrir pour peu que l'on passe outre son esthétique particulière.

Tour de piste d'un délire qui divise déjà. 3, 2, 1, Go!

 

 

A Cosmopolis, les courses automobiles sont plus qu'un sport, c'est un style de vie. Emblême suprême de ces compétitions, la WRL, qui confronte les meilleurs pilotes du monde entier sur des circuits tous plus dangereux les uns que les autres. C'est dans ce monde impitoyable que vit Speed Racer, jeune espoir de la course, dont le plus grand adversaire est l'ombre de son défunt frère Rex, qui fut à la fois l'un des meilleurs pilotes de l'Histoire mais aussi le plus conspué.

Ayant refusé l'offre juteuse du président de l'imposante écurie Royalton, Speed se voit menacé de mort à tous les tournants, mais lui aussi est prêt à tout pour sauver sa carrière.

 

Le Cinéma tente depuis quelques années, et de plus en plus fréquemment, d'effacer les limites entre les médias, que ce soit l'animation, la bande-dessiné ou les jeux vidéo.

Des tentatives influencées par les nouvelles technologies et qui se révélent être souvent infructueuses, comme dans le cas du Sin City de Robert Rodriguez et Frank Miller ou le récent 300 de Zack Snider.

Des films qui oublient la définition du terme "adaptation" en ne tenant pas compte des spécificités du média cinéma et en ne proposant que des reproductions de cases qui deviennent bien moches dès qu'un mouvement devient nécéssaire.

A côté, nous avons les licences vidéoludiques qui viennent alimenter les amateurs de série Z, à cause de producteurs qui ne comprennent pas que le succès des jeux ne vient pas de leurs scénarios (rarement mémorables) mais du plaisir de l'interaction qu'ont les joueurs avec la manette en main.

L'animation quant à elle, se trouve mieux lotie de par sa propriété d'être le mélange du dessin et du vivant, et les possibilités actuelles d'y rajouter la profondeur de la troisième dimension via les images de synthèse, et plus récemment d'intégrer de vrais acteurs dans un univers photo-réaliste, avec la technique en pleine évolution de la performance capture (voir le Beowulf de Zemeckis pour s'en convaincre).

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, et l'on constate effectivement que seuls les réalisateurs possédant pleinement les outils cinématographiques arrivent à briser les limites de manière convaincante.

Que l'on aime ou non, on ne peut pas dire que les frêres Wachowski n'avaient pas réussi à créer un univers original et cohérent en brassant culture cyberpunk, action HK, philosophie et comic book, avec la trilogie Matrix. C'est également le cas de Speed Racer qui mélange comédie, courses automobiles, fights corporelles ou de voitures, et sous-intrigues James Bondiennes avec une maîtrise et un sens du rythme déconcertant.

C'est simple, ça ne s'arrête jamais. Tels les bolides, le film passe à la vitesse du son, et l'on se surprend à avoir tout de même passer plus de deux heures dans la salle.

 

 

Le gros point fort du film sont évidemment les fameuses courses qui, comme tout le reste du métrage, bénéficient d'un découpage extrémement dynamique, faisant peu à peu oublier leur côté factice. Le souffle coupé, on se régale devant les acrobaties "bigger than life" et la sensation de grande vitesse ressentie, ainsi que par le danger constant auxquels les pilotes sont confrontés sur ces circuits imaginés par un esprit dément. Chacune de ces séquences enterre bien comme il faut la course de pod de La menace fantôme, et occupent une partie non négligeable du film.

Si l'action est au menu de bien des manières (combats à mains nues, catch contre un ninja, poursuite armée sur la route,etc...), les phases dîtes "de repos" sont elles aussi très agitées. Prenant au pied de la lettre l'univers décalé de l'animé, les Wacho nous offrent un délire de tous les instants, où l'on ne sera guère étonné de voir un chimpanzé domestique et un gamin dévaler un long couloir au volant d'une sorte de voiture de golf, sous l'air entraînant de "Free Bird" des Lynyrd Skynyrd.

Une fidélité qui n'est pas sans défauts, puisqu'outre un scénario un brin neuneu et parfois fonctionnelle, c'est la présence du personnage de Spritle, petit frère de Speed, qui vient plomber nombre de scènes. Agaçant au possible, l'acteur Paulie Litt du haut de ses dix ans peut prétendre au titre de pire sidekick de l'année, contrairement à son compère simiesque qui lui nous fait le plaisir de ne pas parler.

Des défauts qui n'en restent pas moins mineurs tant le film se veut avant tout comme un rollercoster visuel. A ce titre, rien que le premier quart d'heure arrive à alterner flashbacks, présentation de la quasi totalité du cast, et course dantesque, avec une limpidité folle et des transitions effectuées à l'aide des personnages.

Sans aucune baisse de régime, le film continue de nous abreuver de ses idées folles, distillant une incroyable quantité de détails dans chacun de ses plans, et nous prouve que découpage peut rimer avec nouvelle technologie (n'est-ce pas Mr Lucas?).

Ajoutons au tableau des remerciements, le score inspiré de Michael Giacchino qui retrouve sa grâce de The Incredibles, avec un son très jazzy 60's.

Maintenant, il reste à savoir si le spectateur aura non pas gardé son âme d'enfant (expression éculée et qui n'a pas de sens au final), mais bien s'il sera capable d'ouverture d'esprit, car les Wacho nous ont livré ici une oeuvre en avance sur son temps et qui, en conséquence, en paie le prix fort.

 

Speed Racer surprend par son jusqu'au-boutisme et ne plaira qu'à ceux qui feront l'effort d'aborder la bête pour ce qu'elle est, à savoir un gros marshmallow explosif sous LSD. Sans aucun doute le film le plus barré de la décénnie et la confirmation que les frères Wachowski sont loin d'avoir dit leur dernier mot.

Cyniques s'abstenir.


Ronan Le Treste

 

 

 

 

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